Première sortie médiatique, depuis plusieurs mois, du Chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed, hier, sur une chaîne de télévision privée. Il a mis les points sur les « i » tout en développant quelques points de suspension.

« En 6 ans, sur le plan économique, rien n’a été fait »

« En 6 ans, sur le plan économique, rien n’a été fait. Certes, il y a eu des élections, une Constitution, des instances, mais strictement rien n’a été fait pour réaliser les réformes nécessaires […] mon gouvernement est le premier à s’atteler à cette tâche » et au chef du gouvernement de présenter sa vision et les différentes réformes en cours.
Aux questions précises et pressantes de Hamza Belloumi, M. Chahed répond, « les réformes sont devant l’Assemblée, nous lui demandons de la célérité ».

Les réformes

De quelles réformes s’agit-il ? D’abord de la Loi d’urgence économique, nécessaire pour passer outre les lourdeurs administratives et assurer, au moins, la réalisation des projets budgétisés.
Puis les différentes lois contre la corruption dont celle qui vient d’être votée et qui assure la protection des dénonciateurs d’actes de corruption.
D’autres lois contre la corruption sont encore dans les couloirs de l’hémicycle, comme celle concernant la transparence des cadres administratifs dont à peu prés 6000 devront bientôt déclarer leurs biens.

Les problèmes insolubles

« Nous traitons les lacunes administratives à la racine […] mais il y a des problèmes que nous ne pouvons pas résoudre » a déclaré le chef du gouvernement en évoquant, sans entrer dans les détails, deux problèmes essentiels : le système politique issu de la Constituante, qui affaiblit de façon drastique le pouvoir exécutif et également l’indépendance de la magistrature, devenue, en grande partie, la gardienne de la corruption, comme elle a été, de 2012 à 2015, la gardienne du terrorisme.

La Kasbah c’est la Kasbah, Carthage c’est Carthage

À propos des problèmes de pouvoir, il les a écartés d’un revers de la main. La Kasbah c’est la Kasbah, Carthage c’est Carthage, les compétences constitutionnelles des uns et des autres sont respectées et « le président de la république est riche de 60 ans d’expérience politique, ce qui rend ses conseils incontournables ».
Quant aux partis, oui, ils font partie du pouvoir « dans le cadre institutionnel déterminé par la Constitution, par leur représentativité à l’Assemblée ».
Quant à Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif auto proclamé de la formation dont fait partie Youssef Chahed, c’est à peine s’il existe, surtout qu’il est le principal responsable de l’état lamentable de Nidaa Tounes.

Le style Youssef Chahed

Quand Belloumi évoque l’avenir politique du chef du gouvernement, ce dernier garde le cap, c’est sa mission qui est la priorité absolue. Il semble ignorer les gesticulations politiques de ses pairs et c’est une attitude qui plaît dans un pays surtout victime de ses politiciens. L’échéance de 2019 n’est à ses yeux importante que dans l’objectif de l’atteindre avec un pays debout, un pays qui a résolu ses grandes crises et qui a retrouvé ses équilibres économiques.
Une chose est certaine, selon lui, les réformes sont lancées et si elles ne se perdent pas dans les dédales politico administratifs, elles formeront un socle solide pour le redémarrage du pays.

Les ministres ça doit bosser…

Enfin, concernant le remaniement, il a été clair, l’esprit d’équipe et le travail au service de l’État sont incontournables. Les ministres qui sont au service de leur formation ou organisation et qui font des sorties médiatiques pour faire pression sur le pouvoir sont désormais personæ non gratæ.

Absence d’idées

L’impression qui se dégage de la sortie médiatique de Youssef Chahed est à plusieurs titres positive, elle procure à son gouvernement une certaine dose de légitimité dont il a grandement besoin. Par contre, pour sortir de la crise, Youssef Chahed a non seulement besoin d’un gouvernement travailleur et discipliné et d’une Assemblée qui valide rapidement les réformes, mais aussi d’une sacrée dose d’idées – aujourd’hui complètement absentes – sans lesquelles le pays ne sortira pas de sa crise.
En 2017, le service de la dette va représenter au minimum 8 milliards de dinars, les banques publiques sont au bord de l’étouffement, « elle ne jouent plus leur rôle économique », comme il l’a lui-même précisé, elles drainent des créances non recouvrables de plusieurs milliards de dinars, dont les 700 milliards de la BFT, collés à la STB et qui constituent un scandale national dont personne ne veut parler. Il l’a aussi précisé lui-même : le recours au crédit est suicidaire à cause des taux pratiqués d’où l’impossibilité de faire de la croissance. Or, le FMI vient de refermer la vanne financière car il exige plus de rapidité dans les réformes financières, sauf que celles-ci vont pousser le pays dans une dynamique libérale dont il sera incapable de dominer les effets.
Youssef Chahed a appelé ceux qui critiquent le gouvernement à présenter leurs idées pour surmonter la crise. La réalité c’est qu’ils en sont aussi dépourvus…

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