Après 6 ans d’instabilité (7 chefs de gouvernement depuis le 14 janvier 2011), la question de la gouvernabilité de la Tunisie post révolutionnaire se pose crûment.

En marginalisant les droits individuels et la liberté d’expression, Bourguiba et Ben Ali ont assuré à la Tunisie une certaine paix sociale. Si le premier était un dictateur éclairé, le deuxième a instauré un régime à la fois totalitaire et corrompu qui lui a coûté la rébellion de son peuple et l’exil.

Après janvier 2011, la Tunisie avait tout pour devenir un eldorado.
Un peuple qui se soulève pour ses libertés et contre la corruption ne peut être classé que parmi les nations développées. Du moins, c’est ce que le monde entier a cru. Mais les Tunisiens ont vite oublié l’essentiel et les vieux débats idéologiques, le corporatisme et les polémiques à deux sous sont devenus leur pain quotidien. Même l’État a laissé tomber son rôle essentiel pour s’acoquiner avec le cirque politicien.
Pendant que tout le monde palabrait, les mafieux ont profité de la faiblesse de l’État, et la part de l’économie parallèle l’a emporté sur l’économie légale. L’expert économique, Mourad Hattab, a déclaré le 14 janvier dernier que « l’économie tunisienne a accusé depuis la fin de 2010, une régression temporelle de 15 à 20 ans. Elle est actuellement, sous perfusion. »

Les sept gouvernements post-révolution n’ont pas réussi ou n’ont pas essayé de lutter contre ce fléau. Les urgences sociales, les revendications syndicales et les menaces sécuritaires les ont obligés à ne prendre que des mesures temporaires. Autrement dit, aucun gouvernement n’a gouverné. Ils ont juste paré au plus pressé.

Le gouvernement actuel, celui de Youssef Chahed se trouve dos au mur. Certains patrons de l’informel ont mis à leur botte police, justice et médias. Ils tiennent tête à l’État et affichent sans vergogne leur arrogance jusque dans la presse ou à la télévision.
Le chef du gouvernement à désormais deux solutions particulièrement délicates :

  1. Déclarer une guerre totale aux corrupteurs et aux corrompus.
  2. Présenter une réforme structurelle visant à minimiser le manque à gagner de l’État à cause de l’économie parallèle (Le Maroc a adopté cette stratégie).

D’après la loi de Finances 2017 et les décisions prises par le gouvernement, il s’avère que M. Chahed a opté pour la première solution. Les résultats ? Des centaines de contrebandiers et des dizaines de douaniers ont déjà été arrêtés. Plusieurs changements à la tête de la police ont jeté un froid parmi les corrompus, mais aucune « grosse tête » n’est encore tombée. Ces résultats peuvent paraître minimes, mais ce sont les premiers, depuis 6 ans, qui prouvent une volonté de l’État de s’en prendre aux corrompus. Reste que la Justice, rendue indépendante, n’a pas la même volonté.

Sont-ce là les timides débuts d’une gouvernance véritable ? Certes, mais que peut un gouvernement dont les soutiens politiques eux-mêmes sont particulièrement lâches sinon franchement corrompus ? Communiquer sa volonté de façon plus vigoureuse ? Certes, mais un gouvernement sans grande légitimité peut-il taper dans sa propre fourmilière sans en subir les conséquences ? Les attaques dédaigneuses, souvent gratuites, que subit Youssef Chahed prouvent que plusieurs parties l’attendent au tournant. Mais une vigueur supplémentaire dans la gouvernance, suivie de résultats probants, peuvent lui donner l’assise politique nécessaire pour la faire accepter. En somme, est-ce la vigueur qui lui donnera l’assise ou l’assise qui lui permettra la vigueur ? Là n’est pas le problème, nul ne sait encore si c’est l’œuf qui a précédé la poule ou le contraire. Doigté, clarté et communication pourraient permettre à ce gouvernement de quadras de faire bouger une Tunisie qui, à force de palabrer, a oublié de travailler. La Tunisie s’attaque timidement aux obstacles de sa « gouvernabilité », mais, personne ne voit encore le bout du tunnel.

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