Le 14 janvier 2011 à lui tout seul occupe les deux tiers du livre « 14 janvier l’enquête », et il y a de quoi car non seulement l’essentiel du pays est alors en pleine ébullition, mais il y a les premières rébellions d’unités combattantes, les premières menaces directes visant le palais présidentiel, la manifestation géante de l’avenue Bourguiba et la désorganisation totale des forces de l’ordre.


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7h30 Carthage

Sariati, directeur de la Sureté du Chef de l’État, appelle Ben Ali au palais de Sidi Dhrif et l’informe du nombre de morts de la veille : 39. Le chiffre est énorme ! Le pire bilan depuis le début de la révolte. Sariati précise qu’il y a eu deux morts à Tunis et six au Kram, ville pratiquement rattachée à Carthage et qui abrite une grande cité ouvrière. Ben Ali apprend aussi que des postes de police ont été saccagés, dont deux au Kram, et que plusieurs armes ont été dérobées.

L’après-midi risquait d’être très chaud à Carthage même, car les enterrements du Kram allaient rassembler des milliers de personnes et les manifestants risquaient de se diriger vers le palais. D’ailleurs, de nombreux SMS appelaient ce jour-là à manifester devant le Palais Carthage. Le même mot d’ordre circulait avec force à partir de midi auprès des manifestants de l’avenue Bourguiba.

Pour calmer les ardeurs révolutionnaires des manifestants du Kram, Ben Ali demande d’envoyer de l’argent aux familles endeuillées.

Sariati lui apprend également que la manifestation prévue à Tunis allait avoir lieu malgré les efforts fournis pour l’annuler. Les appels à manifester avaient complètement dépassé le cadre syndical pour atteindre le grand public par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Quelle allait être l’importance de la mobilisation ? C’était la grande inconnue. Si elle échouait, cela voulait dire que le discours de la veille avait porté ses fruits, si elle réussissait, cela signifiait que le message n’était pas passé.

Vers 9h00, Ben Ali rejoint son bureau. Une heure plus tard, il appelle le ministre de la Communication, Samir Laabidi, et lui demande d’inviter Habib Laghribi, célèbre journaliste d’Al Jazeera, à venir en Tunisie.

10h00 – Palais de Sidi Dhrif

Mehdi Ben Gaied, fiancé de Halima, fille cadette de Ben Ali, a passé la nuit au palais de Sidi Dhrif (E). Vers 10h00, le jeune couple se rend au réfectoire pour y prendre son petit déjeuner. Là, Halima découvre que de nombreuses personnes ont également passé la nuit au palais : il s’agit de membres éloignés de la belle-famille de Ben Ali, des gens que Halima ne connaît pas. D’après le personnel du palais, ils sont là à l’insu du Président. Halima se dirige vers un garde et lui demande : « Qui sont ces gens, je ne les ai jamais vus auparavant ! ». Il lui répond sans précision : « C’est la famille ! » Halima pique une crise et va voir sa mère.

10h30 – Carthage

Vers 10h30, Marouane Mabrouk se rend au palais de Carthage, probablement pour porter la nouvelle note de Hakim El Karoui qui recommande cette fois-ci à Ben Ali de « trouver un point de chute à l’étranger pour Ben Dhia ». On se rappelle que sa note précédente avait entraîné le licenciement des conseillers de Ben Ali. Par contre, pas un mot sur Abdelwahab Abdallah, protégé de Leila. Ensuite, il conseille à Ben Ali d’« annoncer que de nouveaux [partis politiques] vont pouvoir être créés bientôt, avec la modification de la loi électorale. »

On se souvient que dans sa note précédente, il conseillait de « changer profondément le gouvernement et l’équipe de ses conseillers », de « donner un coup de jeune et de dynamisme en nommant des quadras issus de la société civile et du monde économique qui ont fait leurs preuves dans leur domaine » et qu’« A moyen terme, à froid, en mars ou en avril, une réflexion pourrait être menée sur une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale qui permettrait d’y faire monter des têtes nouvelles, plus efficaces et plus représentatives de la Tunisie moderne. » En parfaite continuité avec sa note précédente, il demande plus concrètement à Ben Ali d’« annoncer un remaniement gouvernemental pour les prochains jours. »

En même temps, des noms sont proposés en haut lieu…


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