Youssef Chahed gêne du monde, particulièrement la mafia et les deux principaux agents de son impunité : les deux grandes formations politiques issues des élections de 2014, Ennahdha et Nidaa Tounes.

Ennahdha parce qu’elle n’a jamais osé, alors qu’elle était à la tête d’une toute puissante coalition, s’attaquer aux vrais problèmes du pays, bien au contraire, et qu’elle se retrouve de ce fait discréditée, tout comme Nidaa Tounes qui voit son outsider de chef de gouvernement devenir l’unique homme d’État du pays, capable de rassembler une grande coalition, alors que son propre staff n’est même pas capable de réunir ses propres partisans.

Youssef Chahed apparaît également comme le seul chef de gouvernement post révolution à avoir mis en place une politique : rapports cordiaux avec les syndicats, confiance des bailleurs de fonds, lois contre la corruption, politiques économique et financière substantielles, opération anti corruption… sont les éléments d’une vision qui, bien que non soutenue par les forces politiques dont le chef de gouvernement se réclame, arrive à prendre forme.
Il est clair que les conditions de la réussite sont extrêmement dures, que ni la justice, ni l’administration ni l’Assemblée, ni même ses propres soutiens politiques ne sont prêts à assurer la réussite de la politique du Gouvernement d’union nationale (GUN), mais Youssef Chahed, avec sincérité, a définitivement affirmé ses intentions et sa volonté, et pour ces raisons, passant au dessus des forces politiques, il est soutenu par une majorité écrasante de la population, et, ce qui est fort intéressant, il s’agit là d’une majorité transversale, qui pourrait donc être porteuse d’un projet national et non partisan.

Aujourd’hui, les intentions des grosses pointures de Nidaa Tounes et d’Ennahdha sont de tuer dans l’œuf cette possibilité qui les annihile. Pour ce faire, les deux formations espèrent, à travers un remaniement ministériel, instiller assez de parasites pour détruire la politique de ce chef de gouvernement à qui tout sourit, malgré la situation dramatique du pays.

Certes, l’équipe gouvernementale mérite amplement d’être revue, certains ministres ont lamentablement raté leur mission. Des ajustements, à ce niveau, seraient utiles pour donner à ce gouvernement plus de force de frappe, mais tout le monde voit venir le piège d’un remaniement destiné à enfoncer le chef du gouvernement au lieu de l’assister.

Plusieurs voix appellent M. Youssef Chahed à faire fi des demandes partisanes pour choisir des hommes capables de renforcer sa politique de redressement de l’État. Et c’est très probablement ce qui va se faire, même si les croches pieds, complots et autres bassesses sont plus à la portée de cette classe politique sans conscience.

En fait Youssef Chahed n’a jamais fait montre d’une quelconque ambition susceptible de gêner ses pairs, mais en tant qu’être pensant, et contrairement à tous ses prédécesseurs, il a décidé d’agir sur les dossiers les plus épineux. Que cette volonté le porte aux nues, c’est naturel et légitime, mais le chef du gouvernement ne l’a pas recherché. Ce qu’il a toujours voulu, il l’a affirmé dès son premier discours et a fait son possible pour le réaliser, c’est d’éviter à tous les niveaux de sombrer dans la politique politicienne et dans l’illusion d’une « communication politique » qui a détruit bien des politiques avant lui.

Bien que la situation demeure difficile, le pays est malgré tout sur une pente ascendante. Même si les chiffres et le moral laissent à désirer, imposer au chef du gouvernement des « ministres détritus » destinés à saboter son travail serait très malvenu et jouerait par ailleurs contre les mauvaises volontés elles-mêmes car c’est un boulevard politique qui s’est ouvert devant lui.

Youssef Chahed est aujourd’hui capable d’imposer sa volonté à tous les niveaux et une simple menace de démission imposerait à ses détracteurs l’obéissance. Car si, effectivement, sur un dossier sérieux, le chef du gouvernement arrivait à démissionner, il deviendrait illico le chef d’une majorité effective qui aura les moyens de remporter toutes les futures échéances.

Comment l’empêcher de réussir tout en l’empêchant de démissionner, telle est la stratégie de losers que les grands partis tunisiens s’appliquent à mettre en œuvre.
Pour leur médiocrité viscérale, Youssef Chahed, qui a réussi à remettre la Tunisie sur une voie viable, est un accident de parcours.

Dans tout cela, quid de la plus haute autorité ?
Otage d’une politique de compromission, elle a là sa dernière occasion de rendre service à la Tunisie. Le fera-t-elle ? Beaucoup en doutent, ils ont en effet perdu toute illusion sur un personnage bien plus apte aux géniales improvisations qu’à régir un État.

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