Comment M. Zenaïdi pourrait-il se révéler l’homme providentiel de Nidaa?

L’unique réussite de Nidaa Tounes est d’avoir réuni, en 2014, les Destouriens et autres nationaux progressistes pour éjecter les islamistes du pouvoir. Mais en remettant debout l’adversaire qu’il était censé réduire, Nidaa s’est profondément affaibli et divisé. Certains militants ont rejoint le parti des Destouriens Libres de Abir Moussi qui connaît une ascension fulgurante, d’autres ont rallié Tahya Touness, et le reste des militants est aujourd’hui dans l’expectative ou carrément ailleurs.

Mondher Zenaïdi, pressenti pour prendre les rênes de Nidaa, possède certains atouts pour revivifier le parti. Il est en effet capable de mettre de l’ordre dans les idées et les organes et de concevoir un plan de sortie de crise qui pourrait remettre Nidaa à flot et lui donner une seconde chance.

Premiers atouts, sa formation et son expérience. Centralien, énarque, sa carrière a débuté au temps du tout puissant Etat de Bourguiba. Il a participé à la création de la prospérité – relative mais réelle – du pays à travers de nombreux postes qui ont fait de lui un homme avec une grande expérience de l’État et de la planification économique. Il a également été l’initiateur du Famex qui a permis à de nombreuses entreprises de se placer à l’international. Par tout cela, Zenaïdi tranche avec les hommes politiques qui se sont succédé depuis 2011. Autre atout, il a un contact facile et n’a jamais pris la grosse tête, qualités fortement appréciées par les Tunisiens qui détestent ces politiciens qui changent de comportement au contact du pouvoir. Il a aussi été président d’un grand club sportif, donc il s’y connaît en sport et en jeunesse. Mondher Zenaïdi est également originaire de Kasserine, un de ces Gouvernorats les moins bien lotis. Il est aussi le fils d’un grand monsieur, Abdelaziz Zenaïdi, premier ingénieur tunisien diplômé de l’Ecole Centrale de Paris, qui, comme les grands bâtisseurs de la Tunisie indépendante, a ignoré son intérêt personnel et s’est consacré au service public. Enfin, Mondher Zenaïdi est un homme pondéré et unificateur. Bref, il a plusieurs qualités pour pouvoir remettre à flots un parti sur lequel les Tunisiens avaient fondé leur espoir de voir leur pays se remettre debout après la parenthèse islamiste qui a laissé de profonde tares.

Nidaa est-il récupérable?

Seule une véritable prise de conscience de Béji Caïd Essebsi et des Destouriens, suivie d’un véritable travail de fond, pourrait marquer le retour en force de Nidaa Tounes.

Béji Caïd Essebsi, premier responsable de l’affaiblissement de Nidaa doit mettre fin de façon définitive à cette hégémonie familiale sur le parti. Il doit aussi penser à ce qui se passe en ce moment à Alger et éviter ces égarements qui ont valu à ses prédécesseurs de finir leur vie dans le néant.

Une fois ces questions fondamentales résolues et une fois que les Destouriens auront enfin réalisé que c’est de la démocratie interne et d’un renouvellement intellectuel et organisationnel que viendra leur salut et celui du pays, alors, tout deviendra possible.

La Tunisie de 2019 vit de nombreuses crises et les électeurs de Nidaa, trahis, ne lui renouvelleront leur confiance qu’après une profonde et drastique réforme. Si rien n’est fait en ce sens, c’est Abir Moussi et Tahya Tounes qui profiteront de l’agonie du mouvement.

La mission de Mondher Zenaïdi, si jamais elle se concrétise, est difficile mais non impossible. Zenaïdi, par sa formation et son expérience, est capable de réunir les capacités pour rétablir la confiance et l’espoir nécessaires au redressement. Abir Moussi, pure politicienne, n’aura pas les mêmes atouts, mais elle en a d’autres, ce qui, par ailleurs, pourrait conduire son mouvement à contracter une alliance avec un Nidaa débarrassé de ses tares. Même chose pour Tahya Touness, encore faut-il, pour rendre la chose possible, que les égos se taisent. Mais la classe politique actuelle, pourtant totalement dépourvue de légitimité, semble loin d’avoir l’humilité, l’intelligence et le patriotisme nécessaires à un tel mutisme. Mais le dernier mot appartient aux électeurs, et ces derniers seront si enthousiastes par la perspective d’un rassemblement des nationaux-progressistes que les premiers qui oseront s’unir remporteront le jackpot électoral, surtout qu’Ennahdha, empêtrée dans de terribles affaires, sera à cours d’arguments pour mobiliser ses troupes.

 

 

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