Par Melika HAMZAOUI
Diplômée en Administration et production des activités cultuelles, spécialisée en politiques cultuelles
Fondatrice du média Weshternn [à retrouver sur Instagram]

Dans un contexte mondial marqué par la persistance des rapports de domination, notamment culturelle, il est impossible de faire comme si la question de « qui parle ? » et d’où il parle, était neutre. L’arabité, à noter qu’elle n’est pas monolithique, devient un stigmate, une assignation, une blessure, voire même un essentialisme inversé, lorsqu’elle est racontée par d’autres : colonisateurs, États impérialistes, regards occidentaux.
En France, l’arabité est une étiquette politique instrumentalisée. Elle devient une identité façonnée par l’oppression autant que par la résistance.
L’Institut du Monde Arabe devrait précisément être un contrepoint à cela : il doit être un lieu où l’on refuse l’essentialisme, où l’on accueille nos contradictions et où l’on rend visibles nos voix qui sont multiples. Il doit être un lieu par nous et pour nous.
Confier durablement la présidence de cette structure à un homme cisgenre blanc entretient une asymétrie profondément problématique : celle d’un monde arabe raconté, dirigé et incarné depuis l’extérieur. À l’heure où les débats sur la décolonisation des savoirs et des institutions culturelles traversent le monde, la démission de Jack Lang n’arrive pas trop tôt.
N’y voyez pas une résignation au dialogue interculturel, loin de là.
Simplement, le dialogue ne se fait et n’est réel que lorsque les partenaires sont égaux.
La présidence n’est pas un simple rôle administratif. Elle incarne une parole, un positionnement, une expérience vécue du monde arabe, ou du moins d’une partie de celui-ci. Cette vision doit être imprégnée de ses langues, de ses fractures, de ses espoirs, de ses combats contemporains et surtout, de ses diasporas. Pour les diasporas arabes de France, il est important de sentir que nos cultures n’ont pas besoin d’être validées ou pilotées de l’extérieur pour être légitimes d’exister. Il est important que le·la successeur·rice du créateur de la Fête de la musique ne soit pas déconnecté des réalités brûlantes du monde qu’iel prétend représenter.
Le monde arabe mérite un institut à la hauteur de ses enjeux. Le moment est venu d’être cohérent. D’être courageux. Il est temps d’engager un processus de reconstruction de la gouvernance de l’IMA.
Melika HAMZAOUI
