Nous avons la chance d’avoir un texte rédigé, selon plusieurs spécialistes, par Hannibal en personne en 216 aec, après la bataille de Cannes, et présenté aux envoyés du roi de Grèce, Philippe V de Macédoine, qui redoutait alors les dangers imminents de l’impérialisme romain.

Après les quatre grandes victoires d’Hannibal sur le sol de l’Italie, Rome a perdu 35% de ses hommes en âge de se battre. Selon les lois de la guerre, elle est acculée à signer un armistice, mais Rome refuse de reconnaître sa défaite. Elle décide d’éviter de combattre Hannibal mais de frapper, dès qu’il a le dos tourné, les Italiques qui se sont alliés à lui et surtout, de fermer les frontières aux éventuels renforts pour Hannibal qui ne peut pas défendre ses alliés sans les effectifs nécessaires.

C’est dans ce contexte qu’Hannibal et Phillipe V de Macédoine signent, en 216, le « Traité de Confédération », qui stipule que la Macédoine déploiera une armée sur la côte orientale d’Italie et qu’en contrepartie, Carthage lui assurera la restitution des possessions romaines en Grèce.

La délégation macédonienne était dirigée par l’ambassadeur Xénophanès, fils de Cléomachos d’Athènes, au nom du roi Philippe, fils de Démétrios, et au nom des Macédoniens et de leurs alliés.

La délégation carthaginoise est dirigée par Hannibal, en présence de son frère cadet Magon et de deux autres généraux carthaginois : Myrcanos et Barmocaros. Plusieurs sénateurs carthaginois sont également présents.

Le texte du traité spécifie l’étendue de l’alliance, son rôle, l’assistance mutuelle, il prouve également qu’Hannibal attendait de Rome la signature d’un traité de paix.

Au delà du texte du traité proprement dit et de son titre, se dessine ici la vision fédéraliste de Carthage.

Le traité de Confédération:

C’est Hannibal en personne qui lit le texte :

« Nous prêtons ce serment qui nous fait alliés, aux conditions suivantes :
– le roi Philippe et les Macédoniens, et tous les autres Grecs qui sont leurs alliés, protègeront les Carthaginois et leurs alliés.
– Le roi Philippe et les Macédoniens, et les autres Grecs, qui sont leurs alliés, seront protégés et gardés par les Carthaginois  et leurs alliés.
– Nous ne formerons pas de projet hostile les uns contre les autres, ni ne nous tendrons de piège les uns aux autres ; de tout notre cœur et notre bonne volonté, sans ruse et sans arrière-pensée hostile, nous serons les ennemis de ceux qui font la guerre aux Carthaginois, sauf des rois, cités et peuples auxquels nous unissent des serments et des liens d’amitié.
– Nous serons, nous aussi, les ennemis de ceux qui font la guerre au roi Philippe, sauf des rois, cités et peuples auxquels nous unissent des serments et des liens d’amitié.
– Vous nous assisterez aussi dans la guerre qui nous oppose aux Romains, jusqu’à ce que les dieux nous donnent et vous donnent le succès.
– Vous nous aiderez autant qu’il en sera besoin et que nous en serons d’accord.
– Quand les dieux nous auront accordé le succès dans la guerre contre Rome et ses alliés, si les Romains demandent à conclure un traité d’amitié, nous le conclurons, en précisant que la même amitié s’étendra à vous, aux conditions suivantes : les Romains ne devront jamais entreprendre de guerre contre vous, ils renonceront à la possession de Corcyre, d’Apollonie et Épidamne, de Pharos, de Dimalè et du pays des Parthiniens, de l’Atintanie. Ils rendront, en outre, à Démétrios de Pharos tous ses amis qui sont dans l’État romain.
– Si les Romains entreprennent une guerre, contre vous ou contre nous, nous nous aiderons mutuellement dans cette guerre selon le besoin de chacune des deux parties. De même encore contre tout autre, sauf les rois, cités et peuples auxquels nous unissent des serments et des liens d’amitié.
– Si nous décidons d’amender le texte de ce serment en retranchant ou ajoutant, nous retrancherons ou ajouterons d’un commun accord ».

 

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