L’histoire de la Tunisie est d’une richesse pratiquement sans équivalent sur la question de la femme.
En 814, une princesse d’une beauté et d’une intelligence légendaires débarque sur les plages du golfe de Tunis et fonde Carthage. Fuyant Tyr et la tyrannie de son frère Pygmalion – qui l’avait écartée du pouvoir -, elle instaure, à Carthage, un système politique qui rompt avec la monarchie. Ce système collégial aboutira à la création de l’une des premières républiques de l’Histoire. Aristote le confirmera 5 siècles plus tard en déclarant que Carthage n’a jamais connu de tyran ni de sédition.
Pour assurer la pérennité de Carthage, qui deviendra la plus riche cité de l’Antiquité, Elyssa ira jusqu’à se sacrifier. Carthage vénèrera sa fondatrice jusqu’à sa destruction, 7 siècles plus tard, par Rome.
Avant de lancer la reconstruction de Carthage, au 1er siècle av. J.C., l’empereur romain Auguste demandera au plus grand poète de son temps, Virgile, de déformer l’histoire d’Elyssa pour la vider de sa substance, c’est ainsi que Virgile inventera les amours aussi fictifs qu’anachroniques de Didon et Enée.
Six siècles après Elyssa, une autre Carthaginoise, Sophonisbe, suivra l’exemple de la fondatrice. Sophnisbe est morte captive, elle s’est empoisonnée pour ne pas servir d’otage à Scipion l’Africain.

Moins d’un siècle plus tard, durant le siège de la cité, les Carthaginoises donnèrent leurs bijoux pour fondre des armes et leurs cheveux pour faire les cordages des catapultes et des navires.
À la prise de la ville, alors que le grand génocide avait commencé, la femme du général Hasdrubal, indignée en voyant son époux fuir le combat et aller se livrer à Scipion Emilien, se précipita dans les flammes avec ses deux enfants après avoir demandé au général romain de punir son traître d’époux.

Au début du 4e siècle après J.C., un nombre impressionnant de femmes dont Perpétue et Felicité de Tébourba et Restitude de Tiniza (Ras Jebel), sont condamnées à mort pour leur engagement religieux. Elle seront les premières martyres chrétiennes.

Trois siècles plus tard, la Kahéna, à la tête de son armée, arrête plusieurs offensives arabes, dont celle du grand Hassen Ibn Noman à la tête de 40 000 hommes.
La Kahéna sera trahie par les siens.
Contrairement à ce que tout le monde répète depuis des siècles, le combat de la Kahéna n’a jamais été religieux, mais national. Comme son prédécesseur Koceila, elle combattait la tyrannie des dirigeants arabes et non la religion musulmane qui a trouvé, très vite, un terreau favorable grâce au génie législatif des juristes tunisiens qui ont su adapter le Coran à la tradition tunisienne, comme par exemple le fameux Contrat de mariage kairouanais qui, dès le 7e siècle, éliminait la polygamie.

Après la Kahéna, la Tunisie a connu, entre autres grandes dames, la princesse au grand cœur, Aziza Othmana, qui était si généreuse que le jour de ses funérailles, les femmes lançaient leurs bijoux au passage de son corps.
Après Aziza Othmana, un nombre formidable de grandes dames a fait que la Tunisienne a vite acquis ses droits et s’est illustrée dans tous les domaines de la vie professionnelle et intellectuelle. On pense bien sûr à l’une des premières d’entre-elles, Tawhida Ben Cheikh qui devient en 1928 la première bachelière musulmane de Tunisie et en 1936, la première femme médecin.

Tawhida Ben Cheikh

C’est elle qui a très largement contribué à la mise en place du planning familial, grande réussite qui a permis à la Tunisie de connaître un développement non négligeable.

Aujourd’hui, les Tunisiennes brillent dans tous les domaines, des sports à la recherche scientifique en passant par les arts, les finances, etc. Désormais, il y a bien plus de filles que de garçons diplômés, et lors des manifestations politiques, les femmes sont toujours plus nombreuses, plus engagées. Ce sont elles qui ont mis le holà à l’obscurantisme insidieux de la Tunisie post-révolutionnaire. Ce sont elles aussi qui ont fait basculer le vote en 2014, avant d’être déçues par la niaiserie du nouveau pouvoir.

Évoquons enfin le geste de Khawla Rchidi, étudiante à la faculté de La Manouba qui, en 2012, voyant un salafiste grimper sur un bâtiment de l’Université pour enlever le drapeau tunisien et le remplacer par la bannière de Daesh, s’est hissée à son tour pour le forcer à remettre le drapeau national.
D’Elyssa à Khawla, la Tunisienne s’est illustrée par 3000 ans de dignité et de courage. Chapeau bas Mesdames.

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