Turquie, le référendum pour « l’hyper-présidentialisation » du régime a donné à Recep Erdogan une victoire étriquée et contestée

Dans une république, le régime ne peut se transformer à la majorité simple. Or, Recep Erdogan n’a obtenu qu’une petite majorité, et contestée de surcroît. Son parti a perdu beaucoup de points en deux ans, surtout dans les grandes villes qui lui étaient acquises et qui formaient de solides socles pour son pouvoir, comme Istanbul, Izmir et Ankara.
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l y a enfin plusieurs polémiques sur les irrégularités du scrutin.

Des bulletins de vote non tamponnés

Le CHP, la principale force de l’opposition, a annoncé qu’il allait demander un nouveau décompte de plus de la moitié des bulletins. La controverse porte sur les bulletins de vote non tamponnés par les observateurs présents dans les bureaux.

Le jour de l’élection, sur demande de l’AKP, la Haute Commission électorale (YSK) a changé son règlement en faisant savoir que les bulletins dépourvus de tampons seraient considérés comme valides. Plus d’un million et demi de votes douteux ont ainsi été validés, mais Recep Erdogan a laissé entendre qu’il était trop tard pour contester quoi que ce soit.

Dans le Sud-Est du pays à majorité kurde, le « non » l’emporte sans surprise mais sans éclat avec des scores allant selon les provinces de 57  à 73 % des voix, mais cette région a subi, ces dernières années, une terrible répression et 80 des 102 municipalités gagnées par le HDP (Parti démocratique des peuples) ont vu leur Conseil municipal remplacé par des administrateurs nommés par l’État.

« La victoire du “non” dans des régions kurdes montre qu’elles conservent leur identité politique, que nous existons en tant que Kurdes et que le changement constitutionnel n’est pas légitime », estime Osman Baydemir, porte-parole du HDP, ancien maire de Diyarbakir, la capitale officieuse des Kurdes de Turquie.

Recep Erdogan a beau crier victoire, celle-ci est trop étriquée. Elle constitue un camouflet, elle ne lui donne pas assez de légitimité pour changer la forme de l’État. Près de 25 millions d’électeurs turcs ont voté pour les dix-huit amendements à la Constitution, soit 1,5 million de plus que ceux qui les ont rejetés. Or, 1,5 million est justement le nombre de votes contestés par l’opposition suite au changement de dernière minute du règlement électoral concernant le tamponnage des votes.

« Il a gagné officiellement mais il a perdu politiquement »

« Il a gagné officiellement mais il a perdu politiquement », note l’universitaire Ahmet Insel.
« Une réforme d’une telle ampleur qui bouleverse les fondamentaux de la république ne peut s’appuyer sur une si courte majorité de surcroît contestée », relève Murat Yetkin, directeur du quotidien Hurriyet Daily News.
Recep Erdogan sera obligé de négocier avec l’opposition sa réforme constitutionnelle qui ne sera appliquée qu’après 2019, année de la future élection présidentielle turque.

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