Barack Obama a partagé sur le compte présidentiel @POTUS : « Merci pour tout. Ma dernière demande est la même que ma première. Je vous demande de croire, non pas dans ma capacité à créer le changement, mais dans la vôtre« , écrit après son dernier discours émouvant à la nation, mardi 10 janvier à Chicago, ce tweet est devenu son post le plus partagé avec plus d’1,8 million de « like », 850.000 partages et 25.000 réponses.

Obama danse à son arrivée à l’aéroport Julius Nyerere à Dar Es Salaam, Tanzanie le 1er juillet 2013.

Élu pour la première fois, il y a 9 ans, Barack Obama avait séduit non seulement les Américains mais aussi le monde entier. Sur le continent africain, on a eu droit à un déferlement de joie et d’espoir. Le fils d’un Kényan noir à la tête d’une des nations les plus puissantes du monde ! « L’Afrique a enfin à sa tête celui qui va la défendre ». Le lendemain de son élection est même décrété jour férié au Kenya. Ce sera l’Obama Day. « Votre victoire est une inspiration pour des millions de personnes à travers le monde mais elle a une résonance particulière ici », réagit le président kényan Mwai Kibaki.

De l’espoir à la déception

Mais en fin de compte le premier président noir des États-Unis n’aura visité que quatre pays d’Afrique en 2 mandats. Le premier fut l’Égypte, le 4 juin 2009. Au Caire, il s’adresse au monde musulman et évoque une nouvelle orientation. Commençant par un « Salam Aleikoum » (« que la paix soit avec vous »), citant le Coran, on a l’impression qu’il veut convaincre les musulmans que les États-Unis ne sont pas leurs ennemis, qu’ils ont des intérêts communs et qu’ils doivent se respecter réciproquement. Aucune mention d’un programme pour l’Afrique mais son talent d’orateur fait mouche au point que quelques mois plus tard, Oslo le gratifie d’un précoce prix Nobel de la paix. Après ce premier pays africain, Obama n’a accordé que 24 heures de son précieux temps à la terre ghanéenne où il déclare devant le parlement : « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes ». Pendant ce temps, l’US AID, l’agence des États-Unis pour le développement international, qui mène ses actions sous la supervision du Président, du Département d’État et du Conseil de sécurité nationale, investit en Afrique et plus particulièrement dans les pays anglophones, Afrique du Sud, Ghana, Nigeria. Obama lancera en 2010, le programme YALI, Young Africain Leadership Initiative Program, qui donne l’opportunité à divers jeunes Africains de se former au leadership, notamment à travers des voyages aux États-Unis, de le rencontrer et de « renforcer la paix et la sécurité en Afrique ». Au départ, YALI a consisté en une série de forums de haut niveau, dont le le Forum des jeunes Africaines pionnières, de juin 2011, et le Sommet sur l’innovation et le partenariat pour le mentorat des jeunes leaders africains, de juin 2012, en plus des quelque deux mille activités pour la jeunesse qui ont eu lieu dans les ambassades américaines implantées à travers le continent africain. Fort du succès de ces événements, le président Obama a élargi YALI, incluant trois programmes principaux : le Mandela Washington Fellowship, Le Network, et les Centres régionaux de leadership YALI. Obama a également renouvelé l’AGOA, l’initiative de libre-échange lancée par Bill Clinton en l’an 2000 pour faciliter l’exportation des produits africains aux États-Unis. Il a aussi assuré le lancement de l’initiative Trade Africa, toujours destinée à faciliter les exportations des produits africains vers de nouveaux marchés et mis en place la campagne Doing Business in Africa destinée à la promotion des investissements américains sur le continent. À cela il faut ajouter le déploiement de quelque 300 entreprises américaines en Afrique en huit ans. De l’autre côté de l’Atlantique, près de 8 000 hommes d’affaires africains ont assisté à des expositions et autres salons aux États-Unis grâce au soutien du gouvernement américain.

Le 27 juin 2013, c’est au Sénégal qu’il pose ses valises. Interrogé sur les droits des homosexuels, sujet sensible sur le continent, où l’homosexualité est un délit passible de prison dans plusieurs pays, dont le Sénégal, il affirmait : « Je viens d’un pays où les gens n’ont pas été traités de manière égale, et il a fallu le combat pour les droits civiques pour atteindre l’égalité. Le principe de non discrimination s’applique de manière universelle. La bonne nouvelle, c’est qu’il est facile de s’en rappeler : traitez les gens de la manière dont vous voulez être traité vous-même ! ». Le président du Sénégal a aussi clairement donné son opinion, en répliquant à Barack Obama que certains pays avaient toujours la peine de mort – sans nommer les États-Unis – alors que le Sénégal l’a abolie, mais « respecte le choix » des autres nations. C’est un fait, Obama a été élu par les Américains. Son premier devoir, est de s’occuper des États-Unis d’Amérique. Pas de l’Afrique.

Aussi, si la politique africaine d’Obama pendant ses deux mandats a été sévèrement jugée par les Africains, c’est aussi parce qu’elle était comparée aux initiatives majeures lancées en Afrique par ses prédécesseurs immédiats. Bill Clinton, mais aussi Georges Bush – pour aussi paradoxal que cela puisse paraître – sont crédités d’avoir renforcé l’engagement américain dans la région subsaharienne tant sur le plan sécuritaire que sur celui de l’humanitaire.

Barack Obama s’est rendu en Afrique, pour la dernière fois en 2015, au siège de l’Union Africaine, en Éthiopie.

La déception des Africains est particulièrement forte à la fin du mandat Obama. Ce dernier a en effet tardé à s’engager dans une région qui n’a jamais été au cœur des intérêts américains, ayant préféré s’investir dans l’Asie-Pacifique où se joue une grande partie de l’avenir économique des USA.
En définitive, l’Afrique n’aurait pas du attendre d’Obama plus quelle n’a attendu et reçu des autres présidents américains. Les Africains, sensibles aux racines, ont cru qu’ils jouiraient d’un traitement de faveur de la part d’un président américain d’origine africaine, mais la sensibilité et la politique ne se rencontrent qu’en période électorale.

Bintou Mariam Traoré

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