Le livre est en crise, les maisons d’édition sont en difficulté. Nombre de librairies se sont transformées en parfumeries ou en vidéothèques. Si la situation du livre tunisien est chaotique, cependant, c’est la première fois depuis 30 ans qu’il existe une volonté manifeste de mettre en place une politique du livre. Du côté de certains éditeurs (pas tous), ça coince.

Pour éclairer le public sur cet épineux problème, une TV privée tunisienne a invité cette semaine deux éditeurs. Bien que le but était de décortiquer les problèmes du livre, le débat est assez vite tombé au ras des pâquerettes.

Les invités ont pointé de doigt la Direction du Livre (département du Ministère de la Culture chargé du Livre) pour sa politique.

Or, en voulant y voir de plus près, nos avons découvert que l’une des causes principales de cette mise à l’index de la Direction du Livre est que celle-ci manifeste désormais sa volonté de stopper le gaspillage de l’argent public et de mettre de l’ordre dans la politique de subvention de l’édition qui, rappelons le, est un droit souverain de l’État.

En Tunisie, il y a 270 maisons d’édition dont 60 sont actives. Seulement 20 d’entre-elles respectent les différentes règles mises en place par l’État pour promouvoir le livre.

Malgré le faible budget accordé à la Culture, le ministère en consacre 10 % au livre et à la Lecture. Cela constitue, malgré la conjoncture, le plus grand budget accordé au Livre dans le monde arabe.

L’État participe dans l’élaboration du livre en payant 70 % de son coût. Une fois le livre publié, l’État achète une partie de l’édition en guise de subvention accordée à l’éditeur.

Jusqu’à l’an 2016, la procédure était simpliste et poussait au gaspillage. N’importe qui pouvait publier n’importe quoi et l’État subventionnait. La Direction du Livre est intervenue pour mettre fin à ces pratiques, c’est la première fois depuis 30 ans qu’il existe une volonté manifeste de la Direction du Livre pour mettre en place une politique du livre. Désormais, une commission vérifie les publications, principalement pour éviter la glorification du terrorisme et l’incitation à la haine. l’État ne juge pas la qualité du livre et garde toujours un préjugé favorable à l’égard de l’éditeur. Par contre, ce dernier doit rembourser l’État s’il s’avère qu’il y a des fautes dans le livre subventionné.

Cette nouvelle procédure a gêné un certain nombre d’éditeurs qui, sous la férule du Syndicat de l’Edition (L’Union des Editeurs) ont stigmatisé la directrice du livre. Il faut cependant noter que plusieurs autres éditeurs ont refusé de se joindre à l’accusation et l’ont fait savoir par un communiqué (cliquez ici).

Le débat, lors de l’émission sus-indiquée s’est fait dans un sens unique, sans aucun respect du principe contradictoire. Un éditeur qui avait l’obligation de rembourser le ministère et un autre qui a été privé de subvention à cause de sa situation fiscale se sont réunis non pour discuter des problèmes inhérents au livre et tenter de trouver des solution ou même un compromis, mais pour casser du sucre sur le dos de la directrice générale du Livre non en critiquant sa mission, mais en critiquant son œuvre en tant qu’auteure. Alors que cette dernière – Héla Ouardi – est par ailleurs une auteure internationalement reconnue.

Le livre tunisien a besoin, certes, d’être soutenu, mais encore faut il connaître le secteur de l’édition, diagnostiquer les problèmes du livre et mettre en place une véritable politique de l’édition, comme cela se fait dans les pays avancés. La Direction du Livre va, doucement mais sûrement dans ce sens. Le temps est aux réunions et aux débats, comme le ministère en a déjà pris l’initiative, et non au sabotage.


Droit de réponse de M. Moncef Ben Ayed Éditeur

La cabale menée par l’Union des éditeurs tunisiens suite à la crise aigüe que connaît le secteur de l’édition en Tunisie, depuis quelques années, les réunions successives tenues au ministère et en dehors, et les palabres et la tension des relations entre l’Union des éditeurs et la Direction des lettres ont un côté positif : c’est celui de sortir le secteur de l’édition de l’indifférence et porter ses problèmes sur la place publique.

Les multiples communiqués publiés ces derniers jours nécessitent des mises au point pour corriger certaines données, et pour avoir un aperçu le plus objectif et le plus réaliste possible du secteur.

Avancer des chiffres à tort et à travers et en déduire des conclusions hâtives risquent de nous induire en erreur et ne contribuent nullement à trouver la sortie de crise souhaitée par tout un chacun.

C’est pourquoi des allégations telles que « il y a 270 maisons d’édition en Tunisie dont 60 sont actives et seulement 20 d’entre elles respectent les différentes règles mises en place par l’État pour promouvoir le livre » ou « le ministère consacre 10% du budget au livre et à la lecture », ou des allégations du genre « cela constitue, malgré la conjoncture, le plus grand budget accordé au Livre dans le monde arabe » ou « L’État participe dans l’élaboration du livre en payant 70% de son coût. Une fois le livre publié, l’État achète une partie de l’édition en guise de subvention accordée à l’éditeur », méritent amplement d’être rectifiées.

En effet, nous pouvons nous demander d’où sont sortis tous ces chiffres et statistiques ! À l’évidence, le nombre des éditeurs est totalement erroné et de ma part, j’ai pu le déterminer dans mon prochain livre – qui paraîtra incessamment – a atteint, en 2016, 124 éditeurs, et que le nombre des maisons, qui ont eu une production sans discontinuité durant la période 2006-2016, s’est élevé à 45 éditeurs.

Dire que « 20 éditeurs seulement respectent les différentes règles mises en place par l’État pour promouvoir le livre » est en soi condamnable, mais le ministère n’assume-t-il pas la totale responsabilité de ce laisser-aller ?

Faire croire au lecteur que« le ministère consacre 10% du budget de la culture au livre et à la lecture. Cela constitue, malgré la conjoncture, le plus grand budget accordé au Livre dans le monde arabe » relève de la mauvaise foi flagrante, car on aurait pu, avant d’avancer ces conclusions étranges, chercher à savoir le montant du budget du ministère et celui alloué au livre.

Le projet de loi des finances pour 2018, indique que le budget du ministère, pour l’année 2018, serait de 264 millions de dinars, alors que Monsieur le ministre nous a déclarés, à la réunion du 9 novembre, que le budget du livre passerait de 1,3 million de dinars, en 2017, à 3 millions de dinars, ce qui représenterait 1,13% du budget total, et non point les proportions de 10% avancées par vos soins !

Quant à la dernière allégation relevée, je pourrais la considérer comme une erreur qui émane de quelqu’un qui n’est pas du domaine, puisqu’il confond coût du livre et coût du papier, sans compter que tous les livres ne jouissent pas, d’une manière systématique, de la compensation du papier et ne bénéficient pas, automatiquement, des acquisitions du ministère. Je conclus par ce chiffre révélateur, en précisant que 60% des titres présentés aux acquisitions de 2016 (soit 1300 livres), ont été refusés. De grâce, arrêtons de défendre les causes des personnes et défendons, tous ensemble, la survie d’un secteur moribond, qualifié de surcroît par M. le ministre lui-même, comme un secteur sinistré.

Moncef Ben Ayed Éditeur

Atlas Editions

Le 18 novembre 2017

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