Chômage, inflation, balance commerciale déficitaire, corruption endémique, procédures caduques… et pourtant, l’État, au lieu de favoriser le développement, donne du fil à retordre aux investisseurs, même quand toutes les clauses sont en sa faveur. Un exemple de ce paradoxe :

« Tunisia Economic City » est un méga projet aux capacités exceptionnelles. L’idée est de créer une ville moderne avec une infrastructure entièrement axée vers le développement de l’investissement, de la recherche, de l’éducation, du tourisme, de la culture… le tout intégré à la région d’Enfidha, appelée ainsi à devenir une plateforme d’échanges entre les pays d’Asie, d’Amérique, d’Europe et d’Afrique.

Le projet prend en considération la restructuration de la carte politico-économique mondiale et génère de nouvelles idées et de nouveaux concepts pour développer d’immenses opportunités d’investissements.

L’initiateur du projet, Riadh Toukabri nous a montré toutes les pièces justificatives, des contrats signés avec plusieurs multinationales américaines, coréennes, chinoises, européennes, etc. Il déclare, « des partenaires et investisseurs de renommée internationale se sont engagés à contribuer au développement de l’économie tunisienne. Des contrats faramineux ont été signés avec des centres de recherche et de développement parmi les plus prestigieux de la planète […] nos partenaires sont conscients des atouts liés à la position stratégique de la Tunisie et au niveau d’éducation de son peuple. La Tunisie doit en profiter, créer les conditions nécessaires pour relier l’Afrique au reste de la planète; attirer les banques, les investisseurs, les chercheurs, etc ». Il ajoute que « C’est l’objectif de ce projet qui va créer une dynamique qui génèrera jusqu’à 250 000 emplois, que ce soit lors de la première phase, celle de la construction de la nouvelle ville ou dans le cadre des emplois nécessaires aux nombreuses entreprises du projet ».

Depuis 2012, tout est fait, pour décourager le promoteur

Plusieurs responsables étrangers du plus haut niveau ont manifesté un vif intérêt pour que ce projet se réalise chez eux. L’Arabie Saoudite, depuis longtemps intéressée par ce projet, a décidé de lancer un projet équivalent, Oman également. Le Maroc aussi. L’Italie également désire voir ce projet se réaliser chez elle, pourtant, alors que la primeur de ce projet a été présentée depuis 2012 à la Tunisie, tout est fait, depuis, pour décourager le promoteur et ses partenaires. Sans l’obstination de Riadh Toukabri pour le réaliser dans son pays d’origine, le projet aurait vu jour depuis longtemps, ailleurs.

Le projet a été présenté la première fois en 2012.  Le gouvernement de la Troïka avait alors donné son accord de principe mais la succession des ministres à la Kasbah et l’absence totale de sens pratique ont fait que le projet est resté dans les tiroirs du ministère du Développement. Depuis, tous les gouvernements ont agi de même.

Un État amorphe, incapable de décider

L’État, malgré son discours, ne montre aucun enthousiasme et ce, malgré la fiabilité du projet.  Les clauses du partenariat sont pourtant en sa faveur, et celles-ci n’ont rien à voir avec les projets pharaoniques décidés et jamais réalisés durant l’ancien régime, comme par exemple Sama Dubai qui avait obtenu des clauses léonines qui vont contre l’intérêt de l’État qui, pourtant, avait tout fait pour qu’il voie le jour. Aujourd’hui, les choses se sont inversées. Le projet est dans l’intérêt de l’État et pourtant…

L’État est actionnaire majoritaire

Dans Tunisia Economic City, avec la mise à disposition du terrain, l’État est actionnaire majoritaire. Il ne lui suffit que de changer certains règlements caducs et «investicides» dont l’objectif n’a rien à voir avec l’intérêt du pays; au contraire, ces règlements sont souvent plus favorables à la corruption qu’à l’investissement.

L’État veut détruire le projet

Certains responsables ont carrément proposé au fondateur du projet de dispatcher cette « ville économique » sur plusieurs régions de la République. Or, la nature de projet en tant que « hub » n’admet pas qu’il soit décentralisé. L’idée est de rassembler tous les atouts dans une seule région afin d’attirer les investisseurs. Les responsables politiques ont, à tort, pensé rendre service aux régions de l’intérieur, alors que c’est grâce au «hub» que toutes les capacités du pays vont trouver des marchés et booster leur production. En réalité, la proposition du gouvernement équivaut à tuer le projet.

Une administration qui tue le pays à petit feu

Comme dans chaque secteur, les procédures administratives caduques et l’absence de courage et de volonté politique bloquent tout. Le peuple tunisien a voulu changer son histoire en faisant chuter une dictature, mais la classe politique qui a succédé s’est montré incapable de changer de simples procédures administratives datant de l’ancien régime ou parfois du Protectorat. Beaucoup pensaient que le nouveau gouvernement, par sa jeunesse, allait mettre en place des procédures susceptibles de dépasser la misère administrative du pays, mais en fin de compte, la fameuse « Loi d’Urgence Economique » comme bien d’autres textes tant attendus par les bonnes volontés de ce pays, n’ont même pas été défendus par le gouvernement lui-même, d’où l’ambiance désormais très négative dans laquelle baigne le pays alors que la lutte contre la corruption elle-même commence à traîner des casseroles.

 

 

 

 

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