La Société tunisienne des industries de pneumatiques (STIP) a été fondée en 1966. L’État avait une participation majoritaire et des partenaires étrangers (notamment Pirelli). Avec ses deux unités industrielles de Menzel Bourguiba et de M’saken et ses 1000 employés, La STIP était considérée comme un joyau du secteur public, mais « C’était bien avant les attaques mafieuses contre la STIP pour la mettre en faillite et la liquider », rapporte le député Sahbi Ben Fredj sur sa page Facebook.

Avant 2011

M. Sahbi Ben Fredj a déclaré qu’avant 2011 déjà, pour diminuer les charges et préparer le terrain à une reprise de la STIP par Sakhr El Materi, gendre de Ben Ali, 500 employés de la STIP avaient été mis à la retraite anticipée.

Après 2011

« Après la révolution, Plusieurs Sakhr El Materi sont apparus. Le marché des pneus est de 380 millions de dinars par an, les contrebandiers assurent 70 % de ce marché […] Des sociétés d’importation et des mafieux ont fait en sorte que la STIP alimente le marché parallèle. C’est ainsi que la société a préparé sa propre faillite » ajoute le député.

En fait, les pneus de la STIP sont vendus à des sociétés intermédiaires qui les exportent théoriquement avec des prix concurrentiels, jouissant ainsi des avantages à l’export dont l’exonération de TVA. Or, cette marchandise reste le plus souvent en Tunisie –grâce à la complicité de certains douaniers– ou elle revient au pays grâce à la contrebande. D’une façon ou d’une autre, elle se vend ainsi dans le marché parallèle tunisien avec des prix plus bas. Il en résulte donc :

– des pertes fiscales énormes pour l’État ;

– des pertes pour la société (importantes ristournes à l’export) ;

– l’effondrement des ventes de la STIP sur le marché tunisien puisque ses pneus se vendent dans le marché parallèle avec des prix 30 % moins cher.

La mauvaise gestion

La stratégie de la STIP est complètement caduque :

– des prix très cher par rapport aux prix à l’export des pneus (qui se retrouvent illégalement sur le marché intérieur) ;

– des réductions très importantes accordées aux sociétés intermédiaires qui sont des sociétés écran de contrebande et d’export fictif ;

– des réductions supplémentaires sont accordées aux pseudo-exportateurs sous prétexte d’un paiement au comptant alors qu’il s’agit de paiements différés.

La question de la filiale marocaine

La société mère vend à sa filiale marocaine (22 points de vente) 15 % de la production à la moitié du prix de vente, ce qui engrange une perte annuelle d’une douzaine de millions de dinars alors que les responsables, en poste depuis des années, bénéficient de toutes les primes et les avantages possibles. Ces pertes se sont accumulées pour atteindre aujourd’hui 180 millions de dinars.

Le rôle de l’État

En 2015, le ministère des Finances a réduit les taxes douanières sur tous les pneus importés, ce qui a encore plus défavorisé la compagnie nationale. La même loi a exigé que les pneus importés soient soumis à des examens techniques pour qu’ils soient conformes aux normes définies par un cahier des charges, chose qui n’a jamais été appliquée par le ministère de l’Industrie.

« Je ne vais pas m’attarder sur l’absence du contrôle fiscal, financier et administratif » a commenté le député.

Vers la fin de l’année 2015, pour faire face à la crise dont souffre la société, un jeune cadre a été nommé directeur commercial. Celui-ci a mis en place une stratégie de marketing audacieuse qui aurait pu sauver la STIP. D’ailleurs, la société a réalisé en janvier 2016 des gains respectables, chose qui n’a pas plus aux profiteurs. Le jeune cadre a été limogé et remplacé par un ex-cadre, considéré comme l’un des symboles de l’échec.

Le député en déduit une équation purement tunisienne que l’État semble complètement ignorer :

Import sauvage + Contrebande + Corruption + Mauvaise Gestion = La ruine

« Il ne reste que la liquidation pour que l’équation soit complète » a poursuivi le député.

Vers la fin de 2016, le prix de l’action est tombé à 1.650 D.T alors qu’il était à 16 D.T, il y a quelques années.

Les loups sont désormais à l’affut pour acheter à très bas prix ce joyau de l’économie nationale, détruit par la corruption. Le député a fait savoir aussi que parmi les fautifs, il y a des politiciens, des syndicalistes et des hommes d’affaires.

« C’est tout un réseau mafieux qui a travaillé pour faire couler cette fierté de l’industrie nationale », a-t-il conclu.

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