Une découverte archéologique inattendue, réalisée dans le sud de l’Espagne, pourrait bien constituer la première preuve matérielle directe de l’utilisation d’éléphants par les troupes carthaginoises sur le sol européen. Un simple os du carpe, mis au jour sur le site de Colina de los Quemados, à Cordoue, éclaire d’un jour nouveau un chapitre mythique des guerres puniques, longtemps connu surtout par les textes antiques et l’iconographie.


Une trouvaille exceptionnelle au cœur d’un ancien oppidum ibère

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La découverte a eu lieu en 2020, lors de fouilles préventives menées avant l’extension d’un service médical de l’hôpital provincial de Cordoue. Les travaux ont concerné la pente sud de Colina de los Quemados, un vaste site archéologique identifié comme l’oppidum ibère de Corduba, occupé depuis l’âge du Bronze final jusqu’à la période médiévale islamique.

Dans un niveau attribué à l’Âge du Fer récent, les archéologues ont mis en évidence un secteur à vocation artisanale comprenant fours, rues et structures diverses. Fait remarquable : ce même niveau a livré douze projectiles sphériques en pierre, interprétés comme des munitions d’artillerie, ainsi que des monnaies suggérant un contexte militaire.

C’est sous l’effondrement d’un mur appartenant à cette phase qu’a été découvert un os carpien provenant du pied avant droit d’un éléphant. Les analyses radiocarbone situent cet os entre le IVᵉ et le IIIᵉ siècle avant notre ère, période correspondant aux décennies qui précèdent ou accompagnent la Deuxième guerre punique (218–201 av. J.-C.).


Pourquoi cette découverte est-elle si importante ?

Les restes osseux d’éléphants sont exceptionnellement rares dans les contextes archéologiques européens holocènes. Jusqu’à présent, l’usage des éléphants dans les armées antiques reposait presque exclusivement sur les récits des auteurs classiques et sur des représentations artistiques.

Or, transporter un os isolé sans valeur artisanale particulière n’aurait guère eu de sens. Les chercheurs estiment donc que cet os provient très probablement d’un éléphant vivant introduit sur place, renforçant l’hypothèse d’une présence réelle d’éléphants de guerre dans cette zone d’Hispanie.

Cette trouvaille pourrait ainsi constituer le premier élément anatomique connu provenant d’un éléphant utilisé par les forces carthaginoises en Europe.


Des éléphants de l’Inde à la Méditerranée

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Les premières utilisations militaires attestées des éléphants remontent à l’Inde du Nord au Ier millénaire av. J.-C., avant de se diffuser dans le monde hellénistique. Les armées d’Alexandre le Grand rencontrèrent ces animaux lors de la bataille de Gaugamèles (331 av. J.-C.) puis surtout à l’Hydaspe (326 av. J.-C.), où leur impact psychologique fut considérable.

En Occident, les premiers éléphants de guerre furent introduits par Pyrrhus d’Épire, lors de ses campagnes en Italie et en Sicile au IIIᵉ siècle av. J.-C. C’est précisément en Sicile que les Carthaginois auraient compris tout l’intérêt stratégique de ces animaux.

Au cours de laGuerre de Sicile, le général carthaginois Hannon déploya déjà plusieurs dizaines d’éléphants contre Rome. Mais c’est surtout par l’épopée d’Hannibal Barca, que les éléphants devinrent emblématiques de la puissance carthaginoise.


Des preuves matérielles enfin au rendez-vous

L’étude souligne que, jusqu’à présent, aucune preuve ostéologique directe n’attestait l’usage d’éléphants de guerre carthaginois en Europe. La découverte de Cordoue change la donne.

Les auteurs insistent également sur les défis liés à l’identification de l’espèce exacte. Les sources antiques évoquent majoritairement des éléphants d’origine nord-africaine, distincts des grands éléphants asiatiques utilisés par les royaumes séleucides. Quoi qu’il en soit, la présence d’un tel animal suppose une logistique impressionnante : capture, dressage, transport maritime, entretien et ravitaillement.


Un symbole qui traverse les siècles

Au-delà de sa valeur scientifique, cette découverte rappelle combien l’image de l’éléphant de guerre a marqué l’imaginaire occidental. Des chroniques antiques aux tableaux romantiques, des opéras aux films, la figure d’Hannibal et de ses éléphants est devenue l’un des symboles les plus puissants de l’Antiquité.

Désormais, cette image n’est plus seulement une légende : un os, enfoui depuis plus de deux millénaires sous la terre andalouse, vient lui donner une consistance tangible.


Source

Journal of Archaeological Science: Reports, Volume 69, février 2026, article 105577
Rafael M. Martínez Sánchez et al., The elephant in the oppidum. Preliminary analysis of a carpal bone from a Punic context at the archaeological site of Colina de los Quemados (Córdoba, Spain)
DOI : 10.1016/j.jasrep.2026.105577

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