Suite aux promesses de Youssef Chahed reprises par le Président de la République, tout le monde attend la décision du tribunal de première instance de Siliana qui prononcera jeudi 23 février 2017 son verdict sur les deux élèves de 18 ans qui ont été arrêtés pour consommation de cannabis (Zatla). Une dizaine d’avocats ont plaidé leur libération mais le parquet a décidé de les laisser en état d’arrestation. L’affaire a eu un grand retentissement, cependant, le juge est tenu d’appliquer la loi.

Les mères des détenus (ils sont orphelins de père), leurs professeurs et  la société civile se sont démenés pour obtenir leur libération, ils demandent l’application d’une peine de substitution car ils veulent attirer l’attention du juge sur le fait que ces deux jeunes vont passer le bac dans 3 mois. Sauf que la Loi 52 est d’une telle rigueur qu’elle ne laisse au juge aucun pouvoir d’appréciation. C’est donc sur le Droit de Grâce, promis par le président de la République, que doivent compter ces élèves pour pouvoir éviter la prison.

Il s’agit de la énième arrestation liée à la consommation de zatla. Des centaines de jeunes ont été mis derrières les barreaux parce qu’ils ont consommé un produit vendu au vu et au su de tout le monde, police comprise, à proximité de leur lycées. Certains jeunes ont témoigné qu’il est plus facile de trouver une barrette de cannabis qu’un porte-mine 0,7.

Rappelons qu’en Tunisie, la prison ne peut être considérée comme une institution de corrections pour les jeunes. On se souvient des suggestions pré électorales de l’actuel président de la République, M. Béji Caïd Essebsi qui s’offusquait alors sur le sort des jeunes : « Mettre des jeunes lycéens en prison, va les transformer en délinquants […] on ne va pas dépénaliser, mais on va quand même penser à une punition plus adéquate que celle de la prison […] Travail d’intérêt général, amende et avertissement sont les punitions qu’il faut pour un consommateur de zatla ». 3 années sont passées depuis et la Loi 52 est toujours en vigueur.

Aujourd’hui, un projet de loi pour revoir l’article 52 du Code pénal est en discussion.
Alors que les députés palabrent sans fin sur la nouvelle forme de cette loi, les tribunaux envoient chaque jour une dizaine de jeunes Tunisiens en taule rejoindre les bandits et les criminels (estimation donnée par l’avocat et l’activiste Ghazi Mrabet).

Contacté par La Nation, le député de l’ARP, M. Sahbi Ben Fredj a déclaré que lui et ses collègues travaillent pour trouver une solution provisoire pour mettre fin à l’arrestation des jeunes en attendant que la fameuse Loi 52 soit abrogée.

Au final, personne ne demande la dépénalisation de la consommation du cannabis mais il est demandé à l’État de mettre en place une stratégie efficace pour mettre fin à ce fléau sans détruire l’avenir de cette jeunesse. Rappelons que nos jeunes, après avoir vécu un exceptionnel espoir, ont complètement déchanté suite à la tournure prise par les événements dans le pays. Ils sont toujours aussi harcelés par le service militaire, par la police et par une société schizophrène. Ils savent qu’ils n’ont aucun avenir, et le fait que certains d’entre eux cèdent aux paradis artificiels est parfaitement justifiable…

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