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Début janvier, un calme précaire

Les premiers jours de janvier 2011 sont un moment de répit pour le régime : les jeunes retournent à l’école, les étudiants reprennent les cours, tout à l’air de se calmer.

Mardi 4 janvier 2011, le décès de Mohamed Bouazizi est annoncé. Le matin de l’enterrement, le mercredi 5 janvier 2011, l’aéroport de Tunis-Carthage grouille de journalistes venus du monde entier.

Bouazizi est inhumé à Sidi Bouzid.

Jeudi 6, des manifestations ont lieu en Europe, au Canada et en Algérie. A Paris, à l’appel de plusieurs organisations et partis de gauche, un rassemblement est organisé place de la Fontaine des Innocents. Bref, la planète commence à connaître Bouazizi.

En Tunisie, n’arrivant pas à dénicher des informations crédibles, les journalistes se rabattent sur les rumeurs. Or, ce jour-là, une puissante et séduisante rumeur se répand avec la force et la rapidité d’un tsunami. Elle marquera l’avenir de la Tunisie car elle encouragera les citoyens à poursuivre la lutte. Sur le média en ligne Nawaat est postée une information selon laquelle « le Général Rachid Ammar a refusé d’exécuter l’ordre de Ben Ali de tirer sur les civils »(1). Ce général est alors inconnu, mais à partir de ce jour, tout le monde entend parler de lui et il devient pour beaucoup l’un des leaders de cette révolution.

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Alors qu’en fin d’année, la police avait procédé à très peu d’arrestations, début janvier, de façon très discrète, les services de la Sûreté ont quadruplé la cadence et, afin de prévenir une nouvelle flambée, des milliers de meneurs présumés sont identifiés, filés et espionnés. Le 6 janvier 2011, alors que l’émotion provoquée par l’enterrement surmédiatisé de Bouazizi laisse présager une reprise des manifestations, opposants, journalistes, blogueurs(2), enseignants, étudiants, artistes et syndicalistes sont arrêtés. Le temps que l’information circule, les enseignants entrent en grève, ce qui a pour effet de permettre aux jeunes de reprendre la contestation sans rater les cours !

Reprise des violences

Les très nombreuses arrestations enveniment la situation et dans la nuit du 6 janvier, les affrontements reprennent. Cette fois, ce n’est pas seulement le centre du pays et les quartiers populaires de Tunis qui sont touchés, mais l’ensemble du pays, de Bizerte à Ben Guardane.

A Thala, le soir même, en plein couvre-feu, le colonel-major Youssef Abdelaziz des BOP s’adresse aux jeunes contestataires avec un mégaphone. Il leur promet que le lendemain, un représentant de l’Etat va venir libérer les leurs. Les jeunes rentrent chez eux.

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Le matin du 7 janvier 2011, le calme est précaire. Youssef Abdelaziz intervient et fait relâcher les jeunes qui n’ont pas encore été déférés à la justice, mais les autres restent aux mains de la justice.

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Le lendemain, 8 janvier, la journée est difficile et ponctuée de plusieurs manifestations plus ou moins violentes. Le soir même, en l’absence de la libération d’une partie leurs amis et en plein couvre-feu, à 21h30, les habitants de Thala manifestent devant le tribunal. La police tire et cinq citoyens, dont certains originaires de Kasserine, sont tués (A). Lorsque l’information arrive à Kasserine, les cités Ezzouhour et Ennour s’enflamment et les forces de l’ordre font deux autres victimes, Raouf Bouzidi (B) et Slah Dachraoui (C).

Selon les experts en balistique, deux des cinq victimes de Thala ont été abattues avec des balles d’un calibre différent de celui des calibres qu’utilisent les forces de police classique. Nous reviendrons là-dessus.


NOTES

1- Rachid Ammar a déclaré au sujet de cet épisode : « On ne m’a jamais donné l’ordre de tirer sur qui que ce soit pour que je puisse refuser ! », ajoutant qu’il a toujours été en fonction, du début des contestations jusqu’à la fin, et que jamais il n’a été sous résidence surveillée comme la rumeur l’a ensuite laissé entendre.

2- Parmi eux, le rappeur El Général et les blogueurs Slim Amamou (Slim 404), Azyz Amami (Azyz 404), Slaheddine Kchouk, ainsi que leur cadet de 16 ans, Skander Ben Hamda (Bullet Skan), etc.


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