Sur fond de multiples échecs, militaires, politiques, économiques, diplomatiques et sociaux, le prince héritier donne un tour de vis en faisant du populisme par l’intermédiaire d’une lutte contre la corruption parfaitement insensée dans un royaume patrimonial.

En principe, l’Arabie est « Saoudite », c’est à dire qu’elle appartient à une famille, les Ibn Séoud. Les affaires familiales et les affaires de l’État y sont parfaitement confondues, d’où l’inanité de cette « lutte contre la corruption » qui apparaît surtout comme un prétexte pour imposer un prince héritier dont la nomination en tant que dauphin est passée par une réforme du mode de transmission du pouvoir que Salman, le père, a imposée au lendemain de sa nomination.

C’est le même Salman qui a décidé, contre l’avis de plusieurs princes, de provoquer la guerre contre le Yémen qui s’est retournée contre le royaume, très souvent ridiculisé, comme il l’a été hier soir, lorsqu’un missile balistique lancé par les Houtis s’est abattu non loin de l’Aéroport King Khaled de la capitale Ryadh.

Le même Salman a engagé, contre le Qatar, un conflit diplomatique qui s’est enlisé sans autre résultat qu’une nouvelle déculottée et un rapprochement inédit entre le Qatar et l’ennemi absolu, l’Iran chiite qui est, par ailleurs, le premier soutien des Houtis.

La série des échecs ne s’arrête pas là. Alors que la situation économique est catastrophique, Salman père et fils signent pour 450 milliards de dollars de contrats avec Donald Trump et lancent des chantiers de réformes « libérales » en contradiction totale avec les fondements wahhabites du régime. Comme celle concernant une réinterprétation des textes religieux ou encore celle relative aux droits des femmes. Ces réformes ont entraîné une marginalisation de fait de la caste des religieux conservateurs qui forme la colonne vertébrale du régime. Ce qui a encore affaibli la légitimité des Salman.
Autres réformes problématiques: la privatisation d’entreprises publiques et la réduction des subventions de l’Etat.

Ces échecs successifs ont obligé les Salman, face à l’opposition et l’impopularité grandissantes, à renforcer leur emprise politique sur le pouvoir, procédant notamment à une vague d’arrestations de dissidents, dont des religieux influents et des intellectuels.

La nouvelle vague – inédite et particulièrement importante –d’interpellations des onze princes et des quatre ministres démontre que l’opposition aux Salman s’est radicalisée et peut être même organisée.  Les limogeages des puissants chefs de la Garde Nationale saoudienne – une force d’élite intérieure –, et de la marine, dont Miteb Ben Abdullah, fils de l’ancien roi, sont probablement des mesures prises pour éviter un possible coup de force.


Liste des princes et responsables interpellés : (source Al Sura)


La montée au pouvoir de MBS

Janvier 2015. Le roi Salmane désigne l’un de ses fils, Mohammed ben Salmane dit « MBS », ministre de la Défense.

Mars. Mohammed ben Salmane lance l’opération militaire au Yémen contre les rebelles chiites Houthis.

Avril 2016. Il fait adopter par le Conseil des ministres le plan de réformes économiques « Vision 2030 » pour préparer l’après pétrole.

Juin 2017. À son instigation, plusieurs pays suivent l’Arabie saoudite dans l’organisation du blocus diplomatique du Qatar. Mohammed ben Salmane devient prince héritier et vice-premier ministre.

Septembre. Vague d’arrestations de religieux influents et d’intellectuels. Le pays annonce que les femmes pourront conduire en 2018.

Octobre. 100e exécution d’un condamné à mort de l’année. Mohammed ben Salmane promet une Arabie « modérée » et « tolérante ».

4 Novembre. Purge dans les sphères dirigeantes. Il pousse le premier ministre libanais Saad Hariri à la démission.

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