Un anti-paludique, la chloroquine, s’est révélé efficace pour traiter le Covid-19. Le professeur Didier Raoult a rendu public de premiers résultats positifs, la Pitié Salpêtrière à Paris a adopté le même protocole.

On a tout dit et son contraire sur la chloroquine et son efficacité sur le Covid-19. D’abord que c’était un traitement «miracle», puis que l’étude chinoise vantant son efficacité n’était pas assez probante. Le débat est parti en France de l’annonce du professeur Raoult, de l’IHU Méditerranée Infection à Marseille qui, dans de nombreux médias, s’est enthousiasmé après la publication de travaux chinois.

Trois semaines plus tard, malgré des réserves du ministère français de la Santé, Didier Raoult a annoncé que son projet de recherche avait été accepté : 24 malades seront traités à l’hydroxychloroquine à l’hôpital de la Timone à Marseille.

Alexandre Bleibtreu, l’épidémiologue de la Pitié Salpêtrière expliquait fin février : «Ce que l’on peut dire à l’heure actuelle, c’est que la molécule est active sur le virus in vitro. Mais il n’y a aucune donnée scientifiquement prouvée soutenant l’usage de la chloroquine chez les malades et entraînant un bénéfice chez les malades. Peut-être que des données valables vont être publiées, mais aujourd’hui, on ne peut absolument pas recommander l’usage de la chloroquine si ce n’est en s’appuyant sur des positions non documentées.» Sur Twitter, il est revenu sur sa position en fin de semaine dernière, annonçant que de nouvelles données montraient une efficacité, et que la molécule allait être utilisée sur des patients atteints du nouveau coronavirus à la Pitié Salpêtrière.

La chloroquine utilisée sur les patients hospitalisés à la Pitié Salpêtrière

Il explique que la molécule est utilisée depuis vendredi sur presque tous les patients hospitalisés dans son service (une cinquantaine), sauf ceux qui refusent ou ont des contre-indications. «J’ai eu vent de résultats qui m’ont fait changer d’avis. On s’est calqué sur le protocole marseillais, il y a sûrement d’autres équipes qui l’utilisent. Ce n’est pas le traitement qui paraît le plus évident, il marchait in vitro mais on n’avait pas de données in vivo. L’objectif, ce n’est pas d’avoir raison mais que nos patients aillent mieux. Aucun traitement n’est magique, la publication des résultats lèvera des interrogations mais entre ne rien faire et repositionner des molécules en fonction des effets secondaires, des interactions etc., on essaye des choses au fur et à mesure.»

75% des malades guéris au bout de six jours

Léquipe du professeur Didier Raoult a rendu publics lundi les premiers résultats de son essai clinique qui concerne 25 patients : cinq âgés de 12 à 17 ans, dix âgés de 18 à 64 ans et dix autres de plus de 65 ans.

Deux groupes de patients ont été testés, selon une vidéo où Didier Raoult annonce ses résultats, des patients n’ayant pas reçu de traitement à Avignon et Nice, et 24 patients ayant été traités au plaquenil (nom sous lequel est commercialisée l’hydroxychloroquine). Au bout de six jours, 90% des patients de Nice et Avignon étaient encore porteurs du SARS-CoV-2, contre 25% des patients traités au plaquenil. Ce qui signifie, explique l’équipe de Raoult, que 75% des patients étaient guéris au bout de six jours. Les résultats, plus détaillés, de cet essai, ont été envoyés pour publication à l’International Journal of Antimicrobial Agents.

Un essai clinique européen a, pour des raisons secondaires, écarté la chloroquine

L’hydroxychloroquine ne figure pourtant pas parmi les quatre traitements étudiés dans le cadre de l’essai clinique européen qui vient d’être lancé, comprenant 3 200 patients, dont 800 en France. Le Pr Yazdan Yazdanpanah, directeur du consortium REACTing, qui a choisi les projets, avait invoqué «le problème d’interactions médicamenteuses avec d’autres traitements chez des patients en réanimation, et l’existence d’effets secondaires de la chloroquine, qui rendent prudent quant à son utilisation». Des critiques balayées par l’équipe du Pr Raoult, qui explique, comme en février, que l’hydroxychloroquine est un médicament utilisé depuis de nombreuses années : «Certes il y a des effets secondaires graves si on ne respecte pas la posologie, mais c’est un médicament que l’on connaît, on sait comment faire.»

La molécule a été utilisée pour traiter des patients atteints du Covid-19 en Chine, mais aussi en Corée du Sud où l’hydroxychloroquine est recommandée comme traitement, tout comme le Kaletra, composé de lopinavir et ritonavir, un antirétroviral utilisé contre le VIH et qui fait partie des quatre traitements testés dans le cadre de l’essai clinique mené par l’Inserm.

D’après Pauline Moullot, Libération

 

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