Un discret enregistrement réalisé au cours d’une réunion du bureau politique de Nidaa Tounes nous a dévoilé les problèmes et les ambitions de Hafedh Caïd Essebsi (HCE), directeur exécutif du parti Nidaa Tounes et surtout fils du Président de la République.
HCE avait tenté, lors des législatives de 2014, de se présenter à la tête de la liste de Tunis 1, mais cela avait provoqué un tel tollé qu’il avait été obligé de retirer sa candidature. Quelques mois après la victoire de Nidaa Tounes, HCE, à la suite de plusieurs manœuvres aussi illégales qu’illégitimes, a pris la tête du parti au prix de son éclatement. Ne lui sont restés fidèles que les opportunistes et les mafieux, ce qui avait provoqué des frictions avec Habib Essid. Au départ de ce dernier, beaucoup ont affirmé que la nomination de Youssef Chahed avait pour but de libérer HCE du verrou Habib Essid. Or un enregistrement réalisé à l’insu de HCE prouve qu’il n’en est rien.

Dans cet enregistrement, HCE a évoqué, entre autres sujets, le dernier remaniement ministériel, le consensus avec Ennahdha et les futures élections municipales.

Il n’a pas caché sa colère contre le chef du gouvernement qui, selon ses dires, « n’obéit pas aux instructions et prend les décisions sans consulter personne ».

En parlant du dernier remaniement, HCE a déclaré que son père a « donné ses instructions à Youssef Chahed pour désigner celui qui va faire le moins de problèmes ». Puis, manifestant son dépit, HCE enchaîne : « Et vous savez qui il a choisi ? Celui qui cause le plus de problèmes ». HCE se plaint alors des relations étroites entre Youssef Chahed et Khalil Ghariani puis ajoute : « Lorsqu’on a mis Youssef Chahed, on l’a fait pour qu’il compose avec nous, pas pour qu’il nous tourne le dos. On ne l’a pas mis pour que ces gens là soient présents au gouvernement. On ne l’a pas mis pour qu’il se comporte avec nos ministres de la sorte : nous avons des secrétaires d’État que Youssef Chahed exclut des réunions qui concernent leurs départements », lance HCE.

HCE fustige l’indépendance de Youssef Chahed par rapport à Carthage

Cet enregistrement contredit les rumeurs qui ont circulé lors de la nomination du jeune chef de gouvernement Youssef Chahed : « il est proche de la famille Caïd Essebsi et c’est la raison pour laquelle il est à la Casbah » ou encore « l’ex-chef du gouvernement, M. Habib Essid, a été remplacé par Youssef Chahed car il n’obéit plus aux instructions de Carthage »Rumeurs reprises et développées par des médias qui ont maintes fois déclaré que Chahed était « aux ordres de Hafedh Caïd Essebsi ».
Cet enregistrement fuité de HCE a en définitive prouvé le contraire, Youssef Chahed marque des points sur le baromètre de la transparence et de l’indépendance de toute influence politique et surtout de celle du Palais de Carthage.

HCE a confirmé toutes les accusations de népotisme portée à son encontre

D’un ton très sérieux, le fils du président n’a pas caché sa colère contre le chef du gouvernement qui « ne le consulte pas avant de prendre ses décisions ». HCE « exige » son droit de tout savoir et tout influencer en tant que directeur exécutif du parti du Président.

HCE a également attaqué Iyed Dahmani, porte-parole du gouvernement: « Cela fait longtemps que je dis que la moindre des choses est qu’il quitte le gouvernement ».

Concernant la nomination d’Abdellatif Hmam au poste de secrétaire d’État au Commerce, Hafedh Caïd Essebsi pointe son désaccord: « tout ce que je sais c’est qu’il est un ami des fils Loukil. Qui sont les fils Loukil ? Ils sont proches d’Ennahdha ».

Les propos de HCE concordent avec les propos de Nabil Karoui qui,  dans un autre enregistrement, parle de népotisme au plus haut niveau de l’État « Hafedh est tellement avide de pouvoir que si on le laissait faire, il présenterait un certificat médical prouvant l’incapacité de son père à conduire le pays, afin de prendre sa place ».

Si le chef du gouvernement sort indemne de cette guerre des enregistrements fuités, le Président de la République, lui, aura du fil à retordre concernant les manœuvres de son fils qui a prouvé sa détermination à profiter de la présence de son père pour remporter les municipales.

Pour rappel, M. Béji Caïd Essebsi avait, lors d’une apparition médiatique, précisé que son fils « ne jouit d’aucune faveur particulière dans la vie politique ».
Certes HCE est loin d’être l’unique responsable de la situation désastreuse de Nidaa Tounes mais une chose est sûre: dans un pays qui a toujours rejeté le népotisme, même lorsqu’il concernait de grands commis de l’État, comme Bourguiba Junior, Hafedh Caïd Essebsi ne peut jouir d’aucune espèce de crédibilité, et les sondages le prouvent, il est, après Ghannouchi et avant Slim Riahi, le politicien le plus détesté du pays.

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