Le 25 juillet 2019, jour du 62e anniversaire de la République, Béji Caïd Essebsi tirait sa révérence.

Par son surprenant retour sur la scène politique, sa victoire électorale écrasante sur les tenants de l’islam politique, son élection comme premier président de la IIe République, son esprit rassembleur, son refus de l’exclusion et enfin par sa sympathique bonhommie, Béji Caïd Essebsi allait marquer une époque fort trouble de l’histoire de la Tunisie.

Un retour surprise

Revenu sur la scène politique après 20 ans d’absence, l’homme qui fut ministre de l’Intérieur, puis de la Défense et enfin des Affaires étrangères de Bourguiba, a fait son come-back de manière totalement inattendue dans un contexte politique et social très tendu : un peu plus d’un mois après la révolution, le 27 février 2011, Béji Caïd Essebsi, 84 ans, est désigné pour être à la tête du premier gouvernement post-révolutionnaire avec pour mission essentielle l’organisation des élections de la Constituante.

Du triomphe islamiste au retour des progressistes

Quelques mois après ces élections marquées par le triomphe des conservateurs religieux qui tentent d’islamiser la Tunisie mais se heurtent à une puissante société civile, Béji Caïd Essebsi se donne pour objectif de rescusciter la Tunisie de Bourguiba. Il s’entoure de plusieurs personnalités dont Taieb Baccouche, Mohamed Ennaceur, Ridha Belhaj, Selma Elloumi, Lazhar Karoui Chebbi, Boujemaa Remili, Slim Chaker, Wafa Makhlouf… et fonde un mouvement politique, Nidaa Tounes, destiné à réunir les nationalistes-progressistes pour les élections législatives et présidentielles de 2014.

Pour sa campagne électorale, il a l’intelligence de s’entourer d’une équipe de jeunes patriotes entrés en politique en 2011 et qui ont fait leurs armes au sein du Qotb puis du Joumhouri. Béji Caïd Essebsi leur donne carte blanche. Cette équipe est présidée par Mohsen Marzouk, qui sera secondé par Selim Azzabi, Khadija Sellami, Alaeddine Boufahja, Rania Barak, Mehdi Ben Said, Mourad Ayachi et bien d’autres jeunes.

La campagne est émaillée par des violences et des coups bas assénés par leurs adversaires, mais la détermination est là et Nidaa se développe de façon exponentielle. Alors que les plus illustres Think tanks de la planète considéraient les islamistes comme imbattables dans les pays arabes, Béji Caïd Essebsi et son équipe triomphent dans les deux élections.

Une législature épouvantable

La législature fut terrible, elle commença par de furieux attentats et se poursuivit par des divisions internes maladives qui s’éternisèrent, faisant imploser un parti qui avait pourtant rassemblé très large. Trahi par plusieurs de ses plus proches collaborateurs qui, en fondant d’insignifiants partis concurrents, ont mis en péril une union progressiste qui a été difficile à bâtir, BCE, fortement affaibli et esseulé, s’est tourné vers la défense de ses fondamentaux.

Le refus de l’exclusion

Chaque changement de régime s’accompagne nécessairement d’une recomposition des élites politiques, mélange composite nécessaire entre anciens cadres de l’ancien régime et nouveaux acteurs candidats à la gouvernance. Bien qu’appartenant à l’ancien monde, Béji Caïd Essebsi aura toujours activement contribué à une transition pacifique basée sur le consensus. Ses actions auront été marquées par sa propension à refuser l’exclusion. Celle d’Ennahdha d’abord, en lui accordant dès 2011 un visa légal, celle des anciens du RCD ensuite en permettant leur participation aux élections.

Dans cette même logique et bien que gravement malade suite à son malaise en juin 2019, il refusera de promulger une nouvelle loi électorale qui prévoyait d’exclure plusieurs candidats aux élections présidentielles et législatives de 2019.

Jusqu’à son dernier souffle, Béji Caïd Essebsi se sera donc positionné comme le garant de l’Etat de droit.

L’hommage de la nation

Le peuple, toutes tendances politiques confondues, lui reconnaîtra volontiers ce rôle de protecteur de la jeune démocratie tunisienne en lui rendant un émouvant dernier hommage. C’est une foule immense qui accompagnera, le 27 juillet 2019, son cortège funéraire jusqu’à sa dernière demeure. Ses proches l’ont trahi, mais la Nation, elle, fut reconnaissante.

 

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