Cet article explore le rôle du Malmö Arab Film Festival comme lieu de reconfiguration des récits dominants et de mise en tension du regard occidental à travers le cinéma arabe.

Par Melika Audrey HAMZAOUI
Diplômée en Administration et production des activités culturelles, spécialisée en politiques cultuelles
Fondatrice du média Weshternn [à retrouver sur Instagram]

Dans les sociétés scandinaves qui sont souvent perçues comme rationnelles, politiquement consensuelles et homogènes, le cinéma arabe agit comme un élément de rupture : il introduit une dissonance dans les régimes de représentation dominants et déstabilise les récits produits par l’Occident. Ce faisant, il ne se contente pas de représenter un ailleurs exotisé mais redéfinit les cadres mêmes du visible et du dicible.

En ce sens, le Malmö Arab Film Festival s’est imposé non seulement comme le plus important festival de cinéma arabe en Europe, mais surtout comme un espace de contre-énonciation politique. Dans un contexte où la neutralité est élevée au rang de valeur axiologique des démocraties nordiques, le cinéma arabe en révèle la dimension structurante : toute prétendue neutralité constitue un régime de positionnement et, à ce titre, un acte politique inscrit dans des rapports de domination et de pouvoir.

Afin de rompre avec une vision homogénéisante du monde arabe, et de passer au-dessus des regards occidentaux qui exploitent le trauma parce que le système médiatique repose sur l’économie de l’attention ; le MAFF a proposé pour sa seizième édition une pluralité de propositions narratives qui subvertissent l’attente occidentale d’un cinéma arabe réduit à la victimisation.

All That’s Left of You (de Cherien Dabis) conjugue l’expérience d’une jeune palestinien pris dans une manifestation à une réflexion sur la transmission traumatique et les formes de continuité de lutte collective. Hijra (de Shahid Ameen) mobilise la notion du déplacement et de la disparition pour interroger les logiques de liaison familiale et les structures symboliques qui conditionnent les corps féminins.

Dans une autre modalité esthétique, des œuvres telles que Life after Siham (de Namir Abdel Messeh) et Flana (de Zahra Ghandour) interrogent les formes de survivance des corps féminins et infantiles. Là où My father’s scent (de Mohamed Siam) traite du patriarcat et des liens entre un père et son fils.

One More Show (de May Said & Ahmed El Danaf) inscrit quant à lui le cirque dans une économie de résistance face à l’occupation du régime colonisateur israelien en Palestine. Des films comme To Dream, Perhaps (de Nidhal Guiga) ou Calle Malaga (de Maryam Touzani) participent à cette économie de résistance et d’existence, en y inscrivant des affects tels que le désir, la joie ou l’imaginaire.

Le MAFF 2026 ne se limite ainsi ni à la représentation des figures attendues du cinéma arabe globalisé, ni à leur rediffusion dans un cadre festivalier blanc occidental. Il opère plutôt une complexification du cinéma en déplaçant ses coordonnées esthétiques et politiques.

L’impact du festival est dès lors double. Du point de vue de la société d’accueil, il produit une mise en crise des récits auto-légitimants, en révélant leurs angles morts coloniaux. Du point de vue des diasporas arabes, il constitue un espace de réinscription symbolique et de reconnaissance.

Le MAFF ne cherche ni l’intégration normative ni la folklorisation culturelle : il revendique la pluralité ontologique des vérités.

Tant que le regard majoritaire contrôle les espaces de diffusion et de production, il impose aussi ce qu’il veut voir de nous. D’où l’importance de projeter au Nord des formes narratives issues du Sud global, au sein même d’institutions culturelles nordiques. En ce sens, MAFF reconfigure l’espace culturel scandinave comme un site parmi d’autres de circulation, de friction et de contestation de la culture dominante.

 

MH

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