En 205 av. J.-C, Hannibal prépare la chute définitive de Rome

En – 205, 13e année de la Deuxième Guerre punique, Hannibal, qui attend depuis 10 ans des renforts, voit enfin arriver son frère Magon à la tête d’une flotte et d’une armée. Magon ne débarque pas au sud, occupé par son frère, mais au nord. L’objectif est de préparer la victoire finale sur les armées de Rome qui, depuis Cannes (-216) évitent de se frotter à Hannibal. Pour cela, Hannibal et Magon doivent diviser les forces romaines.

La double offensive demande une minutieuse préparation. Il n’y aura pas d’autre occasion pour Hannibal qui a déjà perdu son autre frère, Hasdrubal, dans les mêmes circonstances, à cause de la mauvaise préparation de la jonction des deux armées.

204 av. J.-C., Scipion débarque en Afrique, Carthage demande la paix.

C’est au même moment que Scipion, le futur « Africain », débarque sur le territoire de Carthage, du côté de Qalaat El Andalus. Hannibal n’a pas cru nécessaire d’agir contre Scipion dont l’armée est formée de soldats non professionnels qui ne représentent aucun danger pour Carthage.

Scipion remporte une bataille du côté de Souk Larbaa. Cette défaite ne met nullement en danger Carthage pourtant, les sénateurs carthaginois sautent sur l’occasion (ils ne rappellent même pas Hannibal et Magon qui disposent des meilleures armées du monde) pour signer un armistice.

À la suite de cette paix, Hannibal quitte l’Italie et Scipion rentre à Rome triomphant. C’est ainsi que se termine le conflit.

Tout ce qui est postérieur à l’an -203 (la nouvelle déclaration de guerre et la bataille de Zama)  est une invention pure et simple de Polybe (unique source en la matière) qui a écrit plus de 50 ans après les faits pour la grandeur de Rome et la Gloire de son maître Scipion Emilien, petit fils de l’Africain. En réalité, les oligarques de Carthage ont trahi Hannibal. Pourquoi?

Pourquoi les oligarques de Carthage ont-ils trahi Hannibal

Hannibal n’est pas seulement le chef de l’armée carthaginoise. Il faut saisir la véritable dimension du personnage. Depuis Hamilcar, la famille Barca est un véritable « État dans l’État », elle est même bien plus puissante que l’État carthaginois stricto sensu. Il faut revenir quarante ans plus tôt pour comprendre ce qui s’est passé.

Hamilcar, héros de la Guerre de Sicile et de la Révolte des Mercenaires avait imposé à ses ennemis politiques une réforme qui accorde à l’armée le choix de son chef. Seule la Chambre du Peuple peut censurer le choix des officiers, or, cette institution est dévouée aux Barca qui sont par ailleurs les dirigeants naturels du parti Réformateur donc, les principaux opposants aux richissimes oligarques qui gouvernent depuis des siècles Carthage.

Après avoir enlevé aux oligarques leur contrôle sur l’armée, Hamilcar a conduit l’armée vers l’ouest de l’Afrique du Nord, a traversé le Détroit de Gibraltar, a envahi la péninsule ibérique et y a fondé un État ibéro-carthaginois.

Il faut mesurer l’importance de cette œuvre. Hamilcar a fait, d’une mosaïque de tribus, un État tout puissant qui a permis à Carthage de se remettre debout financièrement et militairement et de redevenir une grande rivale de Rome. Ce sont les Barcides qui sont à l’origine de cette renaissance carthaginoise et ce sont eux qui gèrent le richissime État ibéro-carthaginois. Hannibal n’est donc pas un simple général mais un chef d’État doublé d’un chef militaire de tout l’empire carthaginois. C’est à dire qu’il est bien plus puissant que les dirigeants de la métropole. Il faut avoir cela à l’esprit lorsqu’on parle de la Deuxième Guerre punique. Les riches et puissants sénateurs de Carthage ne considèrent pas Hannibal comme un allié dans la guerre menée contre Rome, mais comme un grand rival politique bien plus dangereux pour leur pouvoir que ne l’est Rome.

La « révolution » Hannibalienne

Elément aggravant: Hannibal, dans toute l’Italie, a provoqué une véritable révolution: les démocrates de chaque région démettent les aristocrates soumis à Rome et font allégeance au Carthaginois… C’est cette révolution que les oligarques carthaginois redoutent, car elle constitue le prélude de leur sortie de la scène politique. Pour cette raison, ils sont prêts à s’entendre avec Rome contre Hannibal. C’est ce qu’il feront en profitant de l’arrivée de Scipion pour arrêter la guerre avant qu’Hannibal n’en finisse définitivement avec l’armée romaine et rentre à Carthage en héros absolu. D’ailleurs, Tite-Live lui même rapporte cette phrase d’Hannibal prononcée lors de son retour à Carthage: « [me] voilà donc vaincu, non par le peuple romain, [que j’ai] tant de fois taillé en pièces et mis en fuite, mais par le Sénat de Carthage, instrument de la calomnie et de l’envie. La honte de mon retour donnera moins de joie et d’orgueil à Scipion qu’à cet Hannon, qui pour abattre notre famille n’a pas craint, à défaut d’autre vengeance, de sacrifier Carthage.»*

Hannibal après la guerre

Après son retour à Carthage, Hannibal demeurera le chef de l’armée puis deviendra, 9 ans après la guerre, président de la République. Il opérera de nombreuses réformes pour réduire l’influence des oligarques. Il fera de grands travaux, utilisera l’armée pour planter les oliveraies du Sahel,  remettra debout l’économie de Carthage puis ira en orient pour poursuivre sa lutte contre l’impérialisme de Rome.

En orient, Hannibal sera plusieurs fois conseiller militaire, deux fois amiral, il construira deux villes (Brousse et Artaxata) et écrira deux ouvrages. Il mourra 20 ans après la guerre, en Bythinie (actuelle Turquie).

 

 

* Tite-Live XXX, 20.

 

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