La guerre de Syrie a été décidée par l’occident et les wahhabites pour des intérêts hégémoniques, religieux, économiques, stratégiques, politiques… La Tunisie, elle, n’avait aucun intérêt dans ce conflit, pourtant, c’est bien elle qui a fourni l’un des plus forts contingents de « mercenaires djihadistes », pourquoi?

La Tunisie révolutionnaire avait séduit le monde par son combat pour la liberté et la dignité, mais elle est très vite devenue le premier exportateur au monde de « mercenaires djihadistes ». L’idéal s’est transformé en cauchemar. Que s’est-il passé?

Si le nombre de Tunisiens partis combattre en Syrie se montait à quelques centaines, la question ne se poserait pas. Plusieurs pays, des plus démocratiques aux plus dictatoriaux, on vu des centaines de leurs citoyens prendre le chemin du « djihadisme ». Mais en Tunisie, malgré une population limitée, ce sont des milliers de combattants – peut-être plus de 6 000 selon certains centres d’études – qui sont partis vers les zones de combat.

Ce nombre ne peut être le fait de départs volontaires, ni de recrutements occultes. Il implique nécessairement une organisation protégée par le pouvoir en place car la Tunisie possède, depuis des décennies, une police et une justice particulièrement entreprenantes en matière antiterroriste. or, ces deux piliers de l’État ont été démembrés et réorganisés en 2012 par le nouveau pouvoir islamiste. D’autre part, ce pouvoir islamiste était officiellement pour le changement de régime en Syrie. La Tunisie a d’ailleurs été le premier pays au monde à rompre ses relations diplomatique avec la Syrie, sans qu’elle ait le moindre intérêt à le faire. D’ailleurs c’est près de Tunis, à Gammarth, que la première d’une série de « Conférences des Amis de la Syrie » s’est tenue le 24 février 2012 et c’est là qu’a commencé, en présence de plusieurs responsables politiques nationaux et internationaux (*) la mise au ban du régime syrien.

C’est depuis cette conférence qu’ont commencé à fuser les accusations contre le pouvoir tunisien d’avoir mis en place – ou couvert – des réseaux de recrutement et d’envoi des jeunes vers les zones de combat. Des centaines de témoignages évoquent les opérations de recrutement, l’obtention des passeports, souvent sans avoir les papiers nécessaires, – ce qui est normalement impossible en Tunisie–, et le transport par charters dans les zones de combat.

Ces opérations ont connu, durant les deux années de la Troïka, une parfaite liberté d’exécution et si les choses se sont ensuite quelque peu compliquées, ce serait du fait de l’alternance au pouvoir. Mais aujourd’hui encore, tous les décideurs et exécutants de l’opération bénéficient d’une totale impunité. Certains observateurs l’expliquent par des accords réalisés au plus haut niveau de l’État, avant les alternances politiques. Des accords réalisés sous l’égide de puissances étrangères comme les USA, la France, l’Angleterre, etc. et de monarchies pétrolières, toutes ayant une grande influence sur le pouvoir tunisien…

Tous les pays de l’alliance otano-wahhabites avaient un intérêt national – qu’il soit économique, politique, religieux, stratégique…– dans ce conflit. La Tunisie, elle, n’avait aucun intérêt à s’immiscer dans ce conflit, bien au contraire, elle s’est retrouvée avec – sur son propre sol – des légions de jeunes radicalisés revenus des zones de combat et parfaitement entraînés pour abattre un État, ce qui fait dire à certains responsables que ce n’est pas un « intérêt national » qui était derrière l’implication de la Tunisie dans ce conflit, mais un « intérêt de secte ».
Et si « l’intérêt national », comme la « raison d’État », sont des notions qui trouvent leur justification politique et leur traduction juridique. Par contre, l’opération de l’envoi des jeunes tunisiens vers les zones de combat n’a aucune justification, il s’agit d’une opération qui tombe sous le coup de l’accusation la plus grave de l’arsenal juridique, celle de la haute trahison.

Quid des documents présentés par M. Dardouri

Concernant l’audition de M. Dardouri, président de l’Organisation Tunisienne de la Sécurité et de la Citoyenneté, il a indiqué avoir en sa possession plusieurs documents prouvant l’implication du pouvoir de la Troïka dans l’envoi des jeunes tunisiens vers les zones de combat.

M. Dardouri a parlé :
1/ de documents prouvant l’implication de l’Administration turque dans la falsification de passeports et de papiers pour faciliter le retour en Tunisie des terroristes en provenance de Syrie.
2/ d’un document signé par l’ex ministre de la justice, Noureddine Bhiri, daté du 3 décembre 2012 portant la mention « secret » et demandant d’autoriser un prédicateur takfiriste de visiter les prisons, ce qui a conduit à la radicalisation de détenus de droit commun.
3/ d’un cadre sécuritaire dénommé Hichem Meddeb qui a porté plainte contre des hauts responsables sécuritaires les accusant de le harceler pour le faire taire sur le dossier du terrorisme, après qu’il ait transmis plusieurs courriers à l’ancien ministre de l’intérieur Ali Larayedh sur ce sujet.
4/ du retour en Tunisie de 117 terroristes à bord d’un avion privé pour venir en renfort des groupes embusqués au mont Chaambi.
5/ d’ hommes de sécurité impliqués dans l’établissement de passeports pour des terroristes sans les documents requis.
6/ de l’organisation de vols charters de la compagnie « Syphax Ailines » vers la Turquie pour le transport de « djihadistes ». Rappelons que le propriétaire de la compagnie avait commencé par démentir l’existence de ces vols pour finir par les reconnaître tout en démentant qu’ils aient servi au transport des « djihadistes » vers les zones de combat.

Durant l’audition de M. Dardouri devant la commission d’enquête parlementaire sur l’envoi des jeunes vers les zones de combat, la tension est montée d’un cran lors des discussions avec les députés d’Ennahdha qui ont exprimé leur rejet des documents et faits rapportés, accusant Dardouri de ne pas faire preuve d’objectivité.

Toujours est-il que l’enquête avance, doucement mais sûrement, et elle est déjà émaillée de nombreuses présomptions, commencements de preuves et preuves de l’implication de personnalités politiques tunisienne au plus haut niveau de l’État.


Les participants à la « Conférence des Amis de la Syrie »:

Tunisie : Président Moncef Marzouki, Ministre des Affaires étrangères Rafik Abdessalem
Maroc : Ministre des Affaires étrangères Saâdeddine El Othmani ;
Canada : Ministre des Affaires étrangères John Baird ;
États-Unis : Secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton ;
France : Ministre des Affaires étrangères Alain Juppé ;
Qatar : Premier ministre qatari Hamad ben Jassim Al Thani ;
Conseil national syrien : Porte-parole de l’opposition Basma Kodmani ;
Turquie : Ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu ;
Arabie saoudite : Ministre des Affaires étrangères Saoud ben Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud ;
Union européenne : Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Catherine Ashton.
Nations unies et Ligue arabe: Envoyé spécial conjoint en Syrie Kofi Annan.
Notons que la Chine et la Russie ont eux aussi été invités mais ont décliné l’offre.
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