L’Espérance de Tunis, le Club Sfaxien, l’Etoile du Sahel et enfin le Club Africain, les 4 clubs phares de Tunisie se sont fait étriller en coupes africaines, provoquant l’hilarité des uns et la déception des autres, avant que les rôles ne s’inversent. De l’espièglerie aux moqueries à la méchanceté, tout y est passé.

Comme d’habitude, ces défaites ont entraîné des réactions en tout genre, allant des démissions de présidents aux manifestations de supporters et, comme d’habitude, aucune des nécessaires réformes n’a été prise pour sauver du néant le football tunisien qui, avant de passer à un professionnalisme jamais assumé, a pourtant atteint les sommets du football mondial.
C’était il n’y a pas moins de quarante ans; à l’époque, plusieurs équipes brillaient en Tunisie et non seulement les quatre précitées. La sélection nationale de l’époque rassemblait les joueurs d’une bonne dizaine de clubs. À la tête de cette sélection, la meilleure de l’histoire du football tunisien, le coach et ancien joueur de l’Étoile Abdelmajid Chetali, un monstre sacré du football qui a su porter le maillot tunisien à son apogée. Les joueurs de l’époque sont entrés, avec lui, dans la légende. Les Temime, Tarak, les frères Ben Aziza, Neili, qui au tournoi final de la coupe du monde en Argentine, a remplacé le légendaire Attouga, plus grand gardien de but de l’histoire africaine. Kamel Chebli, Dhouib, Ellouze, Jebali, Kaabi, Labidi, Gasmi, Ghomidh, Akid, Moussa, Limam… Outre les joueurs des 4 clubs précités, il y avait dans cette liste ceux de l’AS Marsa, du CO des Transports, du Stade Tunisien, du CA Bizertin, de Kairouan… Durant la Coupe du Monde en Argentine, cette équipe là avait été classée 9e sur 16, c’est à dire juste derrière les qualifiés au second tour. Elle avait battu le Mexique, avait perdu contre la Pologne et avait fait match nul contre une Allemagne qui a refusé le jeu.

Clarté du jeu, génie individuel, intelligence collective, motivation, mental, cette équipe avait, justement, ce qui manque aujourd’hui à tous ces clubs qui, pourtant, forment l’ossature de l’équipe actuelle de Tunisie, d’où le grand questionnement sur le dernier match de qualification, que la Tunisie va disputer à la Libye et sur l’image que va présenter la Tunisie en Russie l’été prochain.

Critiques constructives

La remise en cause totale du football tunisien est cependant insensée car ces mêmes équipes ont toutes remporté des titres africains il n’y a pas si longtemps et elles ont toute excellé dans le mois où elles ont lamentablement été dégagées des compétitions, ce qui signifie qu’outre les questions structurelles, il y a surtout des problèmes conjoncturels pas très difficiles à résoudre.

Les problèmes structurels sont connus, ils nécessitent des réformes profondes du football tunisien, comme celle de la formation (des jeunes, des entraîneurs, des arbitres, etc.); de la grille salariale des joueurs qui doit absolument être limitée; de la gestion financière des clubs; de la violence dans les stades, de la corruption endémique du football à tous les niveaux, etc…

Par contre, il y a les problèmes conjoncturels, que tout staff intelligent et volontaire peut résoudre. Commençons par le mental. Les joueurs sont, pour la plupart, des gamins. Des gamins devenus, depuis deux décennies, des stars mais aussi des enfants gâtés par les sommes faramineuses qui tombent entre leurs mains et qu’il ne savent pas gérer. Très mal secondés, il sont psychologiquement très faibles d’où une fébrilité extrême lors des matchs qui nécessitent des « réserves mentales », c’est à dire assez d’intelligence pour résister à l’adversité et aux retournements de situation. Il suffit souvent d’un but de l’adversaire pour que les équipes se retrouvent sans ressources, alors qu’un match dure 90 minutes et que les retournement de situations sont fréquents et qu’ils ne demandent du mental pour pouvoir surmonter les moments difficiles.

Pour renforcer, psychologiquement les joueurs, les grandes équipes de la planète font très attention à l’entourage de leurs joueurs. Les dirigeants qui ne savent pas remonter le moral où qui tremblent de peur sont exclus. Ne demeurent que ceux qui ont assez de force pour transmettre les ondes positives nécessaires. Ces gens-là savent parler aux joueurs, ils savent leur remonter le moral, leur donner envie de gagner, de se surpasser, de se donner à fond pour le club. Le problème, en Tunisie, est qu’on assiste souvent à des situations où ce sont les dirigeants qui tremblent et les joueurs qui leur remontent le moral.

L’autre problème, pratiquement le pire, est la horde des profiteurs, des menteurs, des baratineurs, des flagorneurs, flatteurs, intrigants, lèches-botte, lèche-cul et louangeurs qui tournent autour des dirigeants et des joueurs. Là est la véritable catastrophe car, à force de culot, ils finissent par s’immiscer dans la gestion du club, ce qui bousille toute la logique des équipes et ils éloignent les vrais dirigeants et supporters. Par cette logique, ce sont de véritables détritus qui finissent par décider, ce qui entraîne une division du club avant d’aboutir à sa ruine et à sa destruction. Plusieurs clubs majeurs, en Tunisie, ont atteint ce stade de décomposition. La plupart des problèmes des clubs tunisiens sont issus de ces gens là. Tout le monde le sait, personne ne fait rien, un peu comme en politique.

On peut citer aussi le problème de la valse des entraîneurs. Il faut d’abord noter que le choix de l’entraîneur est souvent fallacieux. Certain dirigeants choisissent des entraîneurs d’un autre temps alors que le football évolue rapidement. Les techniques, les tactiques, les stratégies changent, d’où les succès, en Europe, des entraîneurs de nouvelles générations, ce que l’on ne voit jamais en Tunisie où ce sont toujours les mêmes qui tournent en rond avec le même résultat, la médiocrité. Les jeunes entraîneurs sont souvent congédiés au premier échec, avant même d’avoir pu analyser les joueurs… Ils n’ont pas le temps de mettre en place leur équipe que les dirigeants, poussés par le public impatient, imposent leurs choix, détruisant ainsi le travail du coach. Les staff se rabattent alors sur les vieux loups qui ignorent tout du nouveau football mais maîtrisent quelques recettes qui produisent des résultats immédiats mais qui ont leurs limites car elles ne sont que des roues de secours. Et chaque saison, c’est la même chanson.

Un autre problème lié à la présence des flagorneur est celui de l’exclusion des jeunes dirigeants. Alors que les équipes disposent souvent de supporters sincères et particulièrement capable de gérer leur club et de les hisser à un très haut niveau, ce sont les courtisans qui les excluent pour s’accaparer les faveurs du chef, et ça fini, comme toujours, en queue de poisson car les meilleurs n’ont pas de temps à perdre en jérémiades et ils préfèrent souvent se retirer.

Espérons que notre équipe nationale qui, elle, dispose d’un véritable coach en la personne de Nebil Maaloul, saura faire vite oublier aux joueurs des quatre équipes exclues les défaites qu’ils ont subies. Nabil Maaloul, au lendemain des défaites du CA et de l’ESS, pour leur faire oublier cet aimpair et les mobiliser, a convoqué ses joueurs pour un stage bloqué. Il s’agit de leur rappeler que la Tunisie est à un cheveu de la qualification au Mondial Russe.

N’oublions pas que le Brésil lui même s’est fait étriller en finale du dernier Mondial par l’Allemagne sur le score de 7 à 1. Le football est ainsi fait, rien n’est jamais acquis, mais une chose est sûre, avec de la discipline et de l’intelligence, les catastrophes sont très souvent évitables.

 

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