Après l’embrasement de Sidi Bouzid puis du Gouvernorat homonyme, à partir du 26 décembre 2010, la contestation commence à s’étendre. Le 28, Ben Ali rentre de voyage en catastrophe.

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Deux formes de contestation se distinguent peu à peu. D’un côté, il y a les manifestations violentes, généralement nocturnes, enfreignant les couvre-feux et affrontant directement les organes du régime et les forces de l’ordre. De l’autre côté, les manifestations pacifiques, organisées le plus souvent par les fédérations régionales de l’UGTT, mais aussi par les avocats, les artistes, les étudiants, les professeurs, etc., et suivies par des milliers de citoyens de tout le pays, en soutien à leurs compatriotes des régions du centre. Tous ces gens, descendus dans les rues pour crier leur révolte, commencent à user de slogans appelant sans ambiguïté à la chute du régime.

Les BOP, souvent originaires des régions mêmes où on leur demande de réprimer les civils, sont désormais sollicités sans interruption : le jour, ils tentent de disperser ou du moins d’encadrer les manifestations pacifiques, et la nuit, ils doivent faire face de façon musclée à une situation insurrectionnelle où ils sont directement pris pour cibles. Leur moral commence à être sérieusement atteint du fait de la fatigue.

D’autre part, les services de renseignement confirment au ministre de l’Intérieur, Rafik Haj Kacem, que les manifestations de l’UGTT prévues pour le lendemain sont inéluctables. En cas de rassemblements à Tunis, il est clair que les forces de l’ordre, concentrées dans le centre, seraient trop peu nombreuses pour mater les contestataires. La situation devient difficile pour Rafik Haj Kacem qui veut avertir Ben Ali, en vacances à Dubaï, de la gravité de la situation. Il s’en remet alors à Ali Sariati, qui est du voyage, et lui demande de servir d’intermédiaire. Sariati transmet le message, Ben Ali réplique : « Si je rentre, ils vont dire que j’ai eu peur ! »

27/12/2010 – Les manifestations se généralisent

Comme prévu, des manifestations se déroulent à Tunis durant la journée du lundi 27 décembre. Le soir, les quartiers d’Entileka, Ettahrir, Ettadhamen et Cinq-Décembre s’embrasent en plein couvre-feu. On ne compte aucune victime, mais la mobilisation est très importante et les vidéos circulent sans relâche, reprises par les chaînes internationales.

28/12/2010 – Ben Ali rentre à Tunis en catastrophe

Ben Ali décide alors de mettre fin à ses vacances. Dès son retour le 28 décembre, suite au programme soigneusement préparé par ses conseillers et accompagné d’une armada de journalistes, il va à l’Hôpital des grands brûlés de Ben Arous pour rendre visite à Bouazizi. L’après-midi, il enregistre un discours qui doit passer sur la chaîne nationale à 20 heures. Le soir, il invite plusieurs familles, dont celle de Bouazizi, à dîner au palais de Carthage.

Peu après 20 heures, son discours est retransmis. Il menace de sévir durement contre les « fauteurs de troubles », mais le message, qui se veut ferme, ne passe pas. Il est d’ailleurs bizarrement ponctué par la sonnerie inattendue et déterminée d’un téléphone ! Ben Ali est instantanément ridiculisé sur les réseaux sociaux. Comme s’il était seul responsable de cette grave erreur de communication, Oussama Romdhani, ministre de la Communication, est immédiatement congédié.

Se rendant compte qu’il a affaire à un soulèvement de jeunes, Ben Ali pense bien faire en octroyant le portefeuille de la Communication au ministre de la Jeunesse et des Sports, Samir Laabidi, qui devient également porte-parole du gouvernement.

Pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, des milliers de citoyens arrêtent de s’autocensurer et une fronde sans précédent se mobilise contre Ben Ali, ses proches et le régime. Des séquences vidéo des manifestations et des discours de certains avocats, notamment Abdennaceur Aouini et Mohamed Abbou, sont partagées et réveillent les consciences. Au niveau international, la Tunisie et Mohamed Bouazizi font le buzz car cette révolte contre l’une des dictatures les plus corrompues de la planète séduit le monde entier par sa puissance, sa rapidité et sa clarté. Les Tunisiens commencent à réaliser que l’occasion est historique et que le régime peut tomber. La fronde atteint désormais toutes les couches de la société.

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