Ben Ali a décidé de déployer l’armée pour remplacer une police détestée et dont la présence pousse les citoyens à la révolte. Les habitants de Sidi Bouzid voient arriver l’armée et l’accueillent avec joie. Des citoyens évoquent un coup d’État militaire et la rumeur s’étend dans tout le pays.

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Le 9 janvier 2011, répondant à l’appel de l’UGTT et de l’UGET du Centre universitaire de Rakkada, plusieurs milliers de personnes se regroupent à Kairouan dans une grande manifestation.

Dans les gouvernorats de Sidi Bouzid et Kasserine, les violents affrontements ont désormais lieu en plein jour. Après les enterrements des morts de la veille, les rues se transforment en véritables champs de guérilla entre civils et forces de l’ordre et on dénombre 6 morts par balle à Kasserine: à la Cité Ezzouhour: Abdelbasset Gasmi, 22 ans; Abdelkader Ghodhbani, 27 ans; Amine Mbarki, 19 ans; Ramzi Asili; Saber Retibi, 20 ans et Walid Saadaoui, 20 ans. À Hay Ennour, Yacine Guermazi, un bébé victime des gaz lacrymogènes). Et 5 victimes à Rgueb (Gouvernorat de Sidi Bouzid): Manel Boualagui, 24 ans. Mohamed Jabali, 26 ans. Mouadh Khelifi. Nizar Sellimi, 23 ans et Raouf Boukaddous.

Khaled Khedimi, originaire de Sousse, s’immole, comme Bouazizi, devant les locaux du RCD à Sidi Bouzid.

En fin de journée, les habitants de Sidi Bouzid voient arriver l’armée et l’accueillent avec joie. Les troupes prennent position à des points stratégiques alors que la police se replie et se fait plus discrète. Pour les habitants, « l’armée s’est interposée entre la police et les manifestants ». N’ayant jamais vu de déploiement de l’armée, des citoyens évoquent un coup d’État militaire et la rumeur s’étend dans tout le pays.

Ouverture médiatique et propagande

La chaîne Al Jazeera, assez suivie à l’époque, interdite de représentation en Tunisie depuis des années du fait de ses critiques systématiques du régime, a cependant demandé à Ben Ali, début janvier, de s’exprimer sur les événements. C’est le nouveau ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Samir Labidi, qui le fera à son nom. Il interviendra lors du journal de la chaîne à 21h le 9 janvier 2011.

Selon le procès-verbal de Samir Labidi, Ben Ali lui aurait demandé « de mettre l’accent sur la nécessité des changements de la politique du gouvernement, de préciser que les demandes des citoyens tunisiens étaient considérées comme légitimes, qu’il était également de leur droit de protester pacifiquement […], qu’il était désolé pour le nombre de victimes. » Le présentateur de l’émission, désirant faire le point sur la rumeur persistante de coup d’Etat, pose une question sur le rôle de l’armée. Labidi répond : « L’armée est uniquement chargée de protéger les établissements publics ».

Ben Ali revient vers ses anciens soutiens

Le 10 janvier, sentant le vent tourner, Ben Ali renoue discrètement contact avec la plupart de ses opposants à qui il promet «monts et merveilles», d’où les réactions conciliantes de plusieurs d’entre-eux. Il renoue également avec les anciens piliers de son régime, ceux que son second mariage a éloignés.

Une nouvelle stratégie, initiée par les adversaires « politiques » de sa femme et par des membres de sa première famille, commence à se dessiner. Le 10 janvier au matin, Ben Ali appelle deux fois Kamel Letaief et demande à le voir :
– Où ? Tu veux que je vienne à Carthage ?
– Non, pas au Palais, on va se voir chez Cyrine (la fille de Ben Ali), viens à 14h et sans ta voiture, pour que personne ne te voie.

A l’heure dite, Ali Sariati conduit Ben Ali à Carthage chez sa fille. Resté dehors, Sariati apprend – par ses hommes chargés de la sécurité de la fille du Président – que Kamel Letaief est arrivé depuis un moment. Il s’étonne, car mis à part des cassettes que Kamel Letaief faisait parvenir à Ben Ali, cela faisait plus d’une dizaine d’années qu’ils avaient rompu tout contact, très exactement depuis que Letaief avait tout fait pour convaincre son ami Ben Ali de ne pas épouser Leila Trabelsi.

Que s’est-il passé durant cette réunion ? Kamel Letaief est connu pour avoir de bons rapports avec plusieurs parties, ex dirigeants écartés, opposition, RCD, UGTT également. Lui et Ben Ali parlent à bâtons rompus, ils évoquent la mise en place d’un nouveau gouvernement qui va compter en son sein plusieurs opposants et anciens dirigeants évincés par Leila Ben Ali.


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