Après la troisième grande victoire d’Hannibal, celle du Lac Trasimène, Rome est à sa portée. Devant la panique, le sénat romain décide de désigner – selon la procédure légale à appliquer en cas de péril extrême – un dictateur.

Quintus Fabius Maximus Verrucosus (le Verruqueux) dit Cunctator (le Temporisateur), dit aussi Ovicula (la petite brebis) : homme politique et militaire romain, né à Rome vers 275 av. J.-C. et mort à Rome en 203 av. J.-C.

Fabius Maximus le « temporisateur »

Les sénateurs romains ont été bien inspirés de choisir pour dictateur, après la défaite de Trasimène, Fabius Maximus. Né en 275 aec, « Cunctator », le « temporisateur » est un homme politique romain d’une intelligence hors pair.
C’est grâce à lui que Rome n’a pas perdu la guerre. Fabius a vite compris qu’Hannibal n’est pas un aventurier venu envahir l’Italie avec un esprit revanchard ; sa propagande, particulièrement puissante, lui prête des intentions civilisées qui excluent toute infraction aux lois de la guerre. Ces intentions, confirmées sur le terrain, interpellent Fabius Maximus qui réalise que le Carthaginois n’a pas l’intention d’occuper le pays, ni de détruire Rome et encore moins d’exterminer les Romains. L’objectif d’Hannibal est un traité de paix qui puisse rendre à Carthage ses territoires perdus et maîtriser les pulsions impérialistes romaines.

Maximus a aussi été le premier à réaliser l’invincibilité d’Hannibal et à trouver la seule parade possible à l’infaillible tacticien : puisqu’il n’a aucune intention d’exterminer les Romains, autant éviter le combat et le laisser évoluer à sa guise sur le territoire de l’Italie !

La stratégie de Fabius

Pour concrétiser cette étonnante stratégie du refus du combat – la temporisation – qui lui vaudra son surnom, Cunctator prévoit trois axes :

– le refus du combat ;

– l’attaque des cités alliées à Hannibal en son absence ;

– la fermeture des frontières à toute possibilité de renforts pour Hannibal.

Hannibal, qui avait ses espions jusque dans le Sénat de Rome, eut vent des dangereuses instructions données par Fabius, instructions qui annihilent ses objectifs de destruction de la puissance militaire romaine. Pour les contrer, il simula des déboires militaires devant des généraux romains bien choisis, leur donnant ainsi l’impression qu’ils pouvaient aisément le vaincre. La grogne ne tarda pas à s’élever au sein du Sénat où Maximus fut accusé de jouer le jeu du Carthaginois en « abandonnant les vaillants soldats de Rome à un rôle de « suiveurs » ».
Hannibal enfonça le clou en brûlant les récoltes d’une région où se trouvait une propriété agricole de Fabius, sans toucher celle-ci. La suspicion d’intelligence avec l’ennemi s’additionna à l’esprit belliqueux et la précipitation l’emporta sur la temporisation. Fabius est écarté et deux nouveaux consuls décident de lancer contre Hannibal – qui venait de s’emparer des réserves à blé de l’armée romaine à Cannes, en Apulie – la plus grande armée de l’histoire de Rome. Huit légions la composent. Jamais pareille armée ne fut lancée contre un unique adversaire. C’est cette super armée romaine qui fut détruite le 2 août grâce à la formidable tactique de « l’effacement du centre », mise en place par Hannibal qui a ainsi donné définitivement raison à Fabius.

Le Temporisateur redevint Consul et tous les mouvements militaires romains effectués après l’an 3 et pratiquement jusqu’à la fin de la guerre, en l’an 16, corroborent sa stratégie. Hannibal, génie de la guerre de mouvement, capable de détruire n’importe quelle armée dans une bataille en rase campagne, sera – devant l’absence d’adversité – acculé à gérer la défense des cités qui lui ont fait allégeance. Mais dépourvu de renforts, ne pouvant disperser ses forces, ils assistera, impuissant, à la chute des grandes cités qui lui ont fait allégeance et au terrible sort de leur population.

Fabius Maximus, le « Temporisateur », par l’application de trois fondamentaux, a réussi à annihiler la formidable supériorité tactique d’Hannibal.

Selon Polybe, Rome, à l’entame de la guerre, avait une capacité de mobilisation de 700 000 hommes et de 70 000 chevaux. Selon diverses estimations, nous savons qu’à l’an 3 de la guerre, Hannibal a éliminé à peu près 30 % des forces mobilisables de l’Italie (200 000 morts et 50 000 prisonniers). Mais à partir de l’an 3 et jusqu’au départ d’Hannibal, en l’an 16, alors que Rome avait en moyenne 350 000 soldats et cavaliers (à peu prés 23 légions) sous l’étendard, plus jamais elle n’affrontera Hannibal en rase campagne. C’est cette stratégie qui a entraîné l’enlisement de la guerre et, à terme, sa fin, précipitée par le Sénat carthaginois qui non seulement n’a pas assisté Hannibal, mais a tout fait pour l’empêcher de vaincre.

Q. Fabius Maximus. date 82-80 BC. AR Denarius (17mm, 3.74 g, 6h).

 

En 218, Fabius fait partie de l’ambassade romaine à Carthage et c’est lui qui, formellement, déclare la guerre à la cité punique après la prise de Sagonte par Hannibal.

 

 

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