En général, je ne suis pas d’accord avec ceux qui ne « cessent de tirer la sonnette d’alarme », tous azimuts. Cette multitude « d’experts » qui ne sont pas lassés de déclarer, depuis 2011, « qu’il y a d’autres solutions » sans n’en proposer aucune concrètement.
Pour aborder notre sujet principal, la soi-disant « planche à billets qui s’emballe » ou pour être plus précis, l’assouplissement quantitatif par la création indirecte de monnaie, dénomination qui, avouons-le, ferait certainement moins de « buzz ». Cette politique se décline sur deux volets : (1) L’achat des titres représentatifs de la dette publique par la BCT, auprès des banques dans un objectif de refinancement, compte tenu de l’accroissement de la pression sur les liquidités ; (2) Les banques souscrivent aux bons du trésor, pour financer une partie du déficit public. Ainsi, à travers ce mécanisme, la BCT fait baisser les taux d’intérêt pour permettre à l’État d’emprunter dans les meilleures conditions, sur le marché financier, afin de combler son déficit.
Cette approche n’est en aucun cas une catastrophe hérétique, comme peuvent le croire certains, il s’agit plutôt de ce qu’on appelle des « politiques non conventionnelles » et qui font l’objet de cas d’école : Banque d’Angleterre, FED, Banque européenne en 2015, Japon… etc. Les exemples ne manquent pas.
Certainement, l’assouplissement quantitatif repose in fine sur la création de monnaie ex-nihilo et il engendre un accroissement de la masse monétaire qu’il convient de contrôler. Ce n’est certainement pas la politique optimale mais elle reste préférable à un surendettement extérieur dans le contexte actuel, avec un en-cours de la dette publique estimé à 63,7 % du PIB en 2017 et un déficit courant à 9 % du PIB, à l’extrême limite de la soutenabilité.
Cette une politique qui s’impose et qui peut-être perçue comme une décision de dernier recours pour financer le déficit budgétaire et surtout parvenir à payer la seconde tranche du prêt accordé par le FMI (350 millions de $) ; évitant ainsi de s’attirer les foudres des institutions de Bretton Woods, ce qui serait plus que pénalisant pour une petite économie ouverte comme la Tunisie. Cette proposition, je note au passage, a été initialement formulée par le Pr. Mongi Boughzala, à ma connaissance, l’un des rarissimes monétaristes crédibles du pays.
Enfin, last but not least, il convient de ne pas omettre le contexte politique, social et international pour prendre les décisions en matière économique : la nécessité de rester crédibles face aux institutions internationales, la marge de manœuvre du décideur, compte tenu du climat social, le moral du citoyen, la stabilité politique, la taille du secteur informel, la crédibilité de la BCT…
Aujourd’hui et à très court terme, l’assouplissement monétaire nous permet d’avoir du lest, de gagner du temps. Oui, nous en sommes là, à gagner du temps, faute de mieux ! En l’absence d’une vision, d’une stratégie claire qui se traduit par des instruments et des mesures concrètes.
Si l’on veut faire mieux et commencer à voir de la lumière au bout du tunnel, il convient de rétablir à tout prix la confiance : celle des ménages, des investisseurs et des jeunes de ce pays. Le politique doit être en mesure de donner des signaux forts, une vision crédible et susceptible de rassembler autour d’un projet national commun. J’y vois ici, et cela n’engage que moi, la nécessité d’un renouveau de la classe politique et de l’émergence d’un leadership jeune, audacieux, pragmatique et en contact avec la réalité ; avec une vision holiste et imprégnée par un patriotisme olympien.
Majdi M’Hénni
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