Le théâtre municipal de Tunis a rouvert ses portes, mardi 26 avril 2017, avec comme nouveauté un ascenseur favorisant l’accès et le déplacement des personnes à mobilité réduite. À l’origine, la déception d’une étudiante privée de théâtre à cause de sa mobilité réduite.

Yosra Naoui, licenciée en Littérature et Civilisation française et qui prépare son mémoire de mastère en Lettres modernes, nous a accueilli dans la bibliothèque de sa faculté pour nous parler du projet.

Tout a commencé en 2013

« Tout a commencé en 2013, lors de la manifestation culturelle – le Train des Mots –, qui a eu lieu au théâtre municipal. Tous les professeurs nous ont incités à nous y rendre. Or, faute d’un accès pour les handicapés, je n’ai pas pu accompagner mes camarades […] Je ne voulais pas signaler le problème, car je veux toujours casser l’image de la victimisation […] Un jour, après avoir entendu des propos qualifiant « d’indignes les étudiants qui n’assistaient pas à cette manifestation »,  j’ai piqué une crise de nerfs ce qui m’a obligée à aller au kiné pour une séance de massage […] Tout le monde s’est alors aperçu que je souffrais de l’intérieur.
Après plusieurs sollicitations, j’ai cédé et j’ai tout dévoilé : Le sentiment d’être privée d’aller à des endroits que j’aimerais découvrir, mes problèmes dans la société, dans la vie, avec les gens […] Après avoir tout déballé, une amie, Mme Sonia Ben Hariz, a déclaré qu’elle allait tout faire pour rendre le théâtre municipal accessible aux personnes à mobilité réduite (…) Incrédule, j’ai lancé : vous vous croyez au Pays-Bas ? ».

Il y a toujours des obstacles

Les raisons de son incrédulité ? Les multiples mauvaises expériences dans une société où le civisme et le respect des autres est absent. « Quand tu te promènes dans ton fauteuil roulant, tout le monde ne regarde que ça en toi. Quand tu as envie d’aller acheter un livre ou regarder un spectacle, tu as peur de ne pas trouver un accès pour les handicapés. Tout n’est pas facile à surmonter […] Je suis une victime de la vie, je l’assume, mais je ne veux pas être une victime de la société aussi », rétorque-t-elle d’un ton déterminé.

L’ambassade du Royaume des Pays-Bas finance le projet

« Nous avons donc commencé à bouger : nous avons créé l’association Génération solidaire, considérant l’accessibilité comme une condition indispensable à la reconnaissance de la pleine citoyenneté des personnes en situation de handicap […] Et comme par hasard, c’est avec le soutien de l’Ambassade du Royaume de Pays Bas et l’encadrement de l’Association de Sauvegarde de la Medina que Génération solidaire a pu installer cet ascenseur au théâtre municipal de Tunis », ajoute-t-elle.

La mentalité doit changer

Yosra a néanmoins pu constater un blocage lors des procédures relatives à la réalisation de ce projet. Un blocage administratif sous prétexte que « le théâtre est un bâtiment classé, on ne peut pas y construire un ascenseur », mais également mental : « Il faudrait plutôt utiliser cet argent pour améliorer les routes », pire encore : « Vous croyez que les handicapés s’intéressent à la culture? ». Yosra ajoute avec détermination : « Je suis capable de vivre avec le handicap mais pas avec l’ignorance ».

Le rêve

Avec la volonté, d’hommes et de femmes qui sortent de l’ordinaire, comme au sein de l’association Génération solidaire, Handicap International, L’Union des associations humanitaires tunisiennes et la Municipalité de Tunis, le rêve est devenu réalité : l’ascenseur a été mis en place. « C’est une véritable ascension culturelle, quand on rend la culture accessible à tout le monde », commente Yosra.

Yosra devant l’ascenseur du théâtre municipal

Il est à noter que l’ascenseur n’est qu’un début pour ce collectif altruiste qui souhaite créer des accès en tous lieux pour tout le monde. Le prochain défi a relever est un grand projet baptisé « Tun-easy » qui commencera bientôt dans la ville de Ras Jebel. Nous y reviendrons plus en détails dans un prochain article.

Yosra accède enfin au théâtre municipal
Yosra, heureuse, un rêve devenu réalité grâce à la détermination de quelques personnes.
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