Le 24 décembre 2010, les manifestations sont de plus en plus violentes dans le Gouvernorat de Sidi Bouzid. A la Délégation de Menzel-Bouzayene, les forces de l’ordre sont dépassées, les gaz lacrymogènes ainsi que les tirs de sommation ne font plus d’effet

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Le capitaine de la Garde Nationale Sofiene Mtibaa (60) se rend sur place . Il est décidé d’évacuer les fonctionnaires. La Délégation est abandonnée… Quelques heures plus tard, elle est prise d’assaut. La nouvelle circule rapidement et de plus en plus de monde se joint au pillage du bâtiment. Les jeunes ont réussi à faire reculer les forces de l’ordre du régime de Ben Ali, ils ont pris le bâtiment et se sentent invincibles. Lorsqu’ils réalisent leur nombre, ils décident de poursuivre leur attaque des symboles du pouvoir.

En l’absence des forces de l’ordre, ils ne s’en prennent ni aux banques ni aux commerces mais ils attaquent le poste de la Garde nationale de la ville. Pour la première fois depuis l’arrivée de Ben Ali au pouvoir, des civils attaquent un bâtiment de la Sûreté. Les agents, qui avaient l’habitude d’être craints et qui parfois abusaient de leur pouvoir sur les civils, sont, en fin d’après-midi, encerclés par la foule. Leur responsable, le capitaine Sofiene Mtibaa – encore lui – demande du renfort d’urgence mais le traitement de l’alerte prend du temps vu que toute la région est sur le qui-vive. En fait, la direction générale de la Garde nationale à Tunis ne réalise pas l’urgence de l’appel.

Les jets de pierre fusent, les agents se barricadent derrière la porte de bois du bâtiment et effectuent en vain des tirs de sommation. Ils vident leurs cartouches en l’air.

Vers 18h, alors que la nuit est tombée, en plein couvre-feu, les manifestants sont toujours là et décident d’incendier le bâtiment ! Ils mettent le feu à la porte en y collant des pneus enflammés. C’est à ce moment-là que le capitaine décide de sortir négocier une trêve avec les jeunes. Il est tout de suite pris à partie et traîné à une dizaine de mètres du bâtiment. Quelques jeunes se ruent sur lui, lui infligent des coups, d’autres essaient de stopper leurs camarades. Entendant les cris de son chef, un des agents qui se trouve dans le poste, le seul ayant encore des cartouches dans son chargeur, décide alors de tirer vers les révoltés (61) qui battent son chef. Le tir atteint Mohamed Ammari, 26 ans, à la poitrine. Il meurt sur le coup.

La situation dégénère : un autre homme est mortellement blessé et plusieurs autres sont blessés aux jambes. Suite à ces tirs, la manifestation se disperse puis les renforts arrivent et évacuent les Gardes nationaux alors que les ambulances de la protection civile évacuent le corps de Mohamed Ammari et les blessés.

Par la suite, le bâtiment sera entièrement pillé et détruit. Mohamed Ammari est la première victime par balle de la Révolution. Quant au capitaine Sofiene Mtibaa, d’après son certificat médical, il a eu deux côtes ainsi que la mâchoire brisées. Le jeune agent ayant tiré a été écroué.

Quelques heures à peine après cet incident, vers 1h du matin du 25 décembre 2010, le groupe Takriz s’empresse d’uploader la séquence de la destruction totale du commissariat de Menzel-Bouzayene. Les Tunisiens voient pour la première fois des images de la mise à sac d’un bâtiment de la force publique avec des photos de Ben Ali calcinées. L’effet est important : désormais, les Tunisiens savent que tout est possible… la peur commence à changer de camp.

L’enterrement de Mohamed Ammari a lieu le 26 décembre 2010. Les autorités ont immédiatement réagit pour assister les familles et il n’y aura pas de dérives.

Selon l’enquête de la Commission d’Etablissement des Faits, il n’y aura plus de morts par balles jusqu’au 8 janvier.

Sur le terrain, le soulèvement s’étend et s’intensifie, mais les forces de l’ordre réussissent – pour le moment – à éviter le bain de sang.

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Notes

60 – Chef de brigade de la sûreté publique de la Garde nationale à Sidi Bouzid.
61 – Officiellement « visant les jambes » voir le dossier «La raison du nombre de morts» à paraître sur La Nation à la fin janvier.
62 – Voir annexes pour le tableau complet des victimes à paraître sur La Nation à la fin janvier.

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