Le Blitzkrieg (signifiant en allemand « guerre éclair »), est une stratégie offensive visant à emporter une victoire décisive par l’engagement localisé et limité dans le temps d’un puissant ensemble de forces dans l’optique de frapper en profondeur la capacité militaire de l’adversaire. Le terme apparaît dans les années 1930 et se démocratise en 1939 avec l’invasion de la Pologne par la Wehrmacht. Mais la même définition tactique peut être appliquée à la fameuse bataille de Trasimène que les stratèges appellent « l’embuscade ». Voici le récit de cette victoire d’Hannibal.

 

Hannibal passe l’Apennin

À la fin de l’hiver Hannibal décide de porter le combat au cœur de l’Italie. Avant le départ de l’armée, il se fait amener les captifs. Les Romains sont gardés prisonniers. Quant aux fédérés italiques, ils sont relâchés et invités à aller annoncer chez eux qu’Hannibal est leur allié, qu’il veut rendre à leurs cités leur liberté et leur territoire. Hannibal quitte la vallée du Pô et cherche sa route au travers des rudes défilés de l’Apennin. Flaminius est encore devant Arretium, avec l’armée d’Étrurie. Il compte aller, dès que le climat le permettra, vers le val d’Arno et bloquer les défilés de l’Apennin, du côté de Lucca (Lucques). Mais, toujours aussi bien informé par ses espions, Hannibal le devance et franchit les montagnes le plus à l’ouest possible, c’est-à-dire loin de l’ennemi.

L’épreuve des marais de l’Arno

Mais quand il arrive dans la contrée basse et marécageuse située entre l’Auser (Serchio) et l’Arnus (Arno), il la trouve inondée par la fonte des neiges et les pluies du printemps. L’armée vit à nouveau une terrible épreuve : durant quatre jours, elle avance les pieds dans l’eau, sans pouvoir camper à sec durant la nuit ; pour certains, la seule possibilité de se reposer est de s’étendre sur les bagages amoncelés ou les cadavres des animaux. Pour empêcher toute tentative de fuite et éviter ainsi d’être attendu de pied ferme par les Romains à la sortie des marais, Hannibal fait alterner, derrière l’armée carthaginoise, des unités d’Ibères et d’Africains, en qui il a confiance, avec des corps de Gaulois auxquels il se fie moins. Magon ferme la marche avec la cavalerie, empêchant toute tentative de fuite. Les chevaux tombent par centaines, les maladies déciment les soldats et Hannibal lui-même perd un œil à la suite d’une grave ophtalmie. Mais quelle que soit l’épreuve, le Carthaginois arrive exactement là où il l’envisageait et le résultat, nous allons le voir, sera une nouvelle victoire, l’une des plus éclatantes de sa carrière.

La bataille du Lac Trasimène

Alors que Flaminius cherche désespérément des informations sur l’armée carthaginoise, littéralement disparue – et on imagine l’effet de cette disparition sur l’état-major romain – Hannibal sort des marais de l’Arno près de Fiesole. Par la traversée des marais, il a une nouvelle fois assuré à son armée le secret de ses mouvements et ses soldats peuvent se reposer en sécurité. Hannibal en sait assez sur Flaminius pour savoir comment manipuler cet homme très sensible à l’opinion publique. Voulant le provoquer, il occupe toute la riche région de Chianti. Un spectacle insoutenable pour Flaminius qui a bâti sa réputation sur une politique agraire. Quittant alors ses cantonnements, Flaminius se met à suivre l’armée d’Hannibal en guettant une occasion favorable pour l’attaquer. Averti de tous les mouvements du Romain, Hannibal choisit son champ de bataille : le défilé de Borghetto dont il a étudié avec soin la topographie. C’est une berge étroite qui passe entre le Lac Trasimène et les collines qui le surplombent. Après avoir vu Hannibal s’engouffrer dans la passe, Flaminius a établi son camp, tard le soir, sur la rive du lac. Pendant ce temps, sur les hauteurs des collines, là où l’obscurité et le brouillard les rendent invisibles, Hannibal dispose ses troupes en quatre corps, de l’ouest vers l’est : cavaliers, puis Gaulois, puis Baléares et Carthaginois, enfin, Ibères et Africains. Il ordonne le silence absolu et, pour tromper Flaminius, envoie les unités non combattantes brandir des milliers de torches bien au-delà de son dispositif, sur les collines suivantes, pour faire croire aux Romains que l’armée carthaginoise est bien en avant du défilé de Borghetto qui devient, se figurent-ils, sans danger. Le lendemain, le 21 juin 217, au petit matin, sans se faire précéder par des éclaireurs, Flaminius s’avance avec toute son armée dans le défilé pour le traverser et suivre les troupes d’Hannibal qu’il a cru voir la veille beaucoup plus loin. Lorsque l’ensemble de l’armée romaine se trouve engagé dans le défilé et au moment précis où l’avant-garde de Flaminius arrive devant les Africains et les Ibères qui ferment le dispositif d’Hannibal, celui-ci donne à tous les corps de son armée embusquée l’ordre d’attaquer. Les Romains voient les Carthaginois avant même de les entendre. La surprise est totale et le choc est tel qu’un terrible tremblement de terre survenu au moment même de la bataille n’est pas ressenti par les soldats ! L’étroitesse de la passe et le manque de visibilité interdisent aux officiers romains le rangement de la colonne en ordre de bataille. En l’espace de trois heures, Flaminius voit périr autour de lui toute son armée. Il tombe lui-même sous les coups d’un Gaulois. Les troupes de l’arrière-garde romaine ont juste eu le temps de s’engager dans le défilé de Borghetto. Repoussés dans le lac par la cavalerie carthaginoise, les soldats s’y noient, alourdis par leurs armures, ou sont massacrés dans l’eau par les cavaliers. De toute l’armée consulaire, seuls environ six mille hommes des avant-gardes, qui ont pu percer le mur formé par les Africains et les Ibères, réussissent à s’échapper de la nasse. Ils se réfugient dans une localité voisine où Maharbal, envoyé à leur poursuite avec les Ibères et les piquiers, les fait prisonniers. Dans les heures qui suivent, la cavalerie de l’armée d’Ariminum que Servilius envoie en renfort, forte d’à peu près cinq mille hommes et commandée par Centenius, est enveloppée et détruite par la cavalerie carthaginoise dans la bataille des marais de Plestia. C’est un nouveau triomphe pour le Carthaginois qui a encore une fois usé d’une tactique nouvelle et particulièrement efficace : la dissimulation de toute une armée et son engagement rapide et total sur un ennemi complètement surpris. Après la bataille, Hannibal sépare, comme à son habitude, les prisonniers en deux groupes. Les Romains sont confiés à la surveillance des différents groupes. Quant aux alliés, il leur répète, toujours dans la logique herculéenne de sa campagne, les propos déjà tenus devant les captifs du Tessin et de la Trébie : « Je ne suis pas venu pour vous faire la guerre, mais pour vous restituer votre liberté confisquée par Rome ». Hannibal rend les honneurs funèbres à ses hommes et aux officiers de l’armée romaine, marquant ainsi – contrairement à tout ce que les anciens diront de lui – son respect de l’adversaire et des principes humanistes qui guident son action. Les Carthaginois n’ont perdu qu’un peu plus de mille hommes, Gaulois pour la plupart, car ils manquent de discipline. Quant à l’armée consulaire, elle est décimée. Toute l’Étrurie est aux mains d’Hannibal !

Sur les hauteurs des collines, là où l’obscurité et le brouillard les rendent invisibles, Hannibal dispose ses troupes en quatre corps, de l’ouest vers l’est. Il ordonne le silence absolu et, pour tromper Flaminius, envoie les unités non combattantes brandir des milliers de torches bien au-delà de son dispositif, sur les collines suivantes, pour faire croire aux Romains que l’armée carthaginoise est bien en avant du défilé de Borghetto.

 

Sans se faire précéder par des éclaireurs, Flaminius s’avance avec toute son armée dans le défilé pour le traverser et suivre les troupes d’Hannibal qu’il a cru voir la veille beaucoup plus loin.

 

Tous les corps de l’armée carthaginoise embusquée attaquent en même temps. La surprise est totale, l’étroitesse de la passe et le manque de visibilité interdisent aux officiers romains le rangement de la colonne en ordre de bataille. En l’espace de trois heures, Flaminius voit périr autour de lui toute son armée.
Le Lieu de la bataille, défilé de Borghetto, Lac Trasimène (©Google Earth)

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