Malgré ses énormes problèmes, le site d’Enfidha a été choisi au détriment de celui de Bizerte pour le projet du port en eaux profondes.

Voici, présenté par notre correspondant M. Alix Martin, fin connaisseur des questions économiques et environnementales concernant la Tunisie, un résumé des avantages et des inconvénients des deux ports.

Bizarrement, c’est le site qui réuni un maximum de problèmes et qui va engendrer un surcout faramineux qui a été choisi.

Comme celui de Loch Ness, le projet « structurant » de port en eau profonde d’Enfidha réapparaît régulièrement depuis plus de vingt ans. L’État devrait prendre à sa charge 2 milliards de dinars d’infrastructures pour créer un port mirifique engendrant une activité de 600.000 containers. Ce port devrait être l’exutoire de zones industrielles, encore à « l’état de rêves », installées dans le Centre-Ouest du pays vers Kasserine, Sidi Bouzid, Redeyef, etc.

Premièrement, ce projet est une aberration économique, l’élargissement du canal de Suez a créé un rail maritime Gibraltar- Suez en direction de l’Asie. Pour venir spécialement à Enfidha, les bateaux devront sortir de ce rail au prix d’un « surcoût » ! Alors qu’un port à Bizerte sera normalement desservi par ce flux maritime.

De plus, à Enfidha, sur une côte sablonneuse, il faudra draguer le port et un canal d’accès et les protéger par des digues latérales pour éviter que le sable latéral ne les remblaie. Il faudra donc draguer 40 millions de m3 de sable à raison de 30D/m3, soit une dépense de 1200 millions de dinars.

Il faudra aménager sur « terre », sur des Sebkha recouvertes de sable dragué, 1200 m de quais, dans un premier temps et des plates-formes pour y construire les bâtiments et les dépôts des containers.

Qui empêchera le sable plus lourd de s’enfoncer dans la vase ? A quelle profondeur trouvera-t-on un sol solide sur lequel reposeront les pieux de fondation ? Combien de « pieux » par unités de surface ?

Last but not least, il faudra construire une ville et les routes pour tous les gens qui construiront et feront fonctionner le port dans une zone où rien n’existe !

Et qui empêchera les nuisances inéluctables de ruiner les zones touristiques de Chott Meriam, Sousse et Monastir, situées sous les vents dominants et les courants marins ?

Alors que le lac de Bizerte existe déjà, la marine française y faisait reposer et réparer à Menzel Bourguiba, ses cuirassés. Il faudrait peut-être élargir un peu le « canal » d’accès, draguer légèrement les fonds et aménager les quais. Tout cela coûtera bien moins cher que le port d’Enfida.

Les ouvriers potentiels et leurs habitations sont dans la zone. Les routes existent ainsi que les infrastructures urbaines : services de santé, d’enseignement, des postes, etc. Même s’il faudra résoudre le problème du franchissement du Canal, la meilleure solution définitive serait un tunnel. On peut être certain que les nuisances seront emportées par les vents de secteur Nord à Nord-Ouest vers la mer.

Par ailleurs, non seulement la région de Bizerte connaîtra une « explosion » économique mais tout le Nord du pays, vers Tabarka, Béjà, Jendouba, profitera certainement de l’installation d’un grand port à Bizerte.

 

Alix MARTIN

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