Hannibal traversant les Alpes, une séquence impressionnante tournée avec des milliers de figurants et des éléphants, en 1913 dans l’un des premiers peplums de l’histoire, réalisé par Gabriele D’Annunzio à la Cinecitta.

Une autre séquence reproduit la défense de Syracuse par Archimède, allié d’Hannibal, inventeur d’armes formidables lors du siège de sa cité par les forces romaine, en 214 av. J.-C.  Cette deuxième séquence est d’une grande richesse historique, elle reproduit l’invention des fameux « miroirs d’Archimède ».

Outre ces deux scènes, le film Cabiria reproduit le mensonge des sacrifices d’enfants carthaginois.

Ci dessous, les trois séquences précitées.

 

En 1912, la victoire dans la Guerre italo-turque en Libye raviva en Italie le désir de récits historiques. C’est ainsi que l’on vit naître les premiers grands péplums au cinéma : ce fut d’abord Quo Vadis en 1913 (le premier long métrage à dépasser les deux heures) mais c’est Cabiria qui frappera les esprits. Il marque un tournant dans l’Histoire du cinéma. Pour ce début du XXe, le scénario est considéré comme riche. Il place des personnages de fiction au sein de faits historiques de la Deuxième Guerre punique (IIIe siècle avant J.C.), l’intrigue étant articulée autour d’une fillette enlevée en Sicile et vendue à Carthage pour être sacrifiée aux dieux (nécessaire poursuite d’une désinformation romaine de plus de 2000 ans). Le sénateur Fulvio et son esclave Maciste sont sur ses traces…

Le décor de Cabiria réutilisé pour décorer l’entrée du nouveau Cinecitta Parc

Le budget fut colossal. Des décors énormes furent fabriqués, des milliers de figurants engagés. Vu sur grand écran, le film reste impressionnant aujourd’hui. Rien ne paraît faux : par exemple, lorsque le palais s’écroule pendant l’éruption de l’Etna, on ressent la lourdeur des blocs de pierre qui tombent. La traversée des Alpes par Hannibal nous donne froid. Les décors ont toujours une forte présence, ce ne sont jamais des toiles peintes. Les costumes sont riches et très élaborés. Cela donne des scènes fastueuses où la lumière est remarquablement utilisée.

Une des très nombreuses affiches du film, on y voit un affreux « Baal » dont le ventre qui abrite un feu ardent, s’ouvre pour recevoir les enfants.

Cabiria est révolutionnaire aussi pour une autre raison : c’est en effet le premier film avec des travellings. On doit certainement à Segundo de Chomón (réalisateur espagnol transfuge de Pathé, ici directeur de la photographie) l’idée de placer la caméra et l’opérateur sur un chariot pour pouvoir les déplacer sans s’arrêter de filmer. Les mouvements sont encore timides, utilisés soit pour donner de l’ampleur à une scène ou à un décor en laissant percevoir ainsi son relief, soit pour focaliser l’attention sur un personnage en se rapprochant de lui (les focales étaient bien évidemment fixes à l’époque, pas question de zoom) ; ils sont timides mais le principe est là. Pendant des années, le terme de « Cabiria movements » sera utilisé dans les studios pour désigner les travellings. Le montage est assez élaboré avec des plans de coupe, des gros plans sur des objets, donnant beaucoup de vie à l’ensemble.

 

Cabiria – affiche française

Le jeu des acteurs reste assez théâtral, un peu forcé et manquant souvent de naturel. C’est ce style de jeu qui trahit l’âge du film. Le personnage qui crève l’écran, c’est Maciste interprété par Bartolomeo Pagano, un docker du port de Gênes dont la célébrité sera immédiate. Ce personnage de Maciste, avec sa force herculéenne, sera repris dans des dizaines de films. Le film Cabiria eut un succès considérable, en Italie mais aussi aux Etats-Unis. Il a influencé de nombreux cinéastes, notamment D.W. Griffith. Souvent tronqué ou montré à une mauvaise vitesse, Cabiria a été restauré dans sa version intégrale de trois heures en 2006.
Acteurs: Lidia Quaranta, Umberto Mozzato, Bartolomeo Pagano, Italia Almirante-Manzini
Voir la fiche du film et la filmographie de Giovanni Pastrone sur le site IMDB.

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