Par Mohamed Kerrou

Dans un « théâtre de poche » situé à proximité du Belvédère de Tunis, « La Fuite » de Ghazi Zaghbani est superbement jouée par la talentueuse comédienne Nadia Boussetta.

C’est à une mise à nu du système social et culturel que nous assistons au travers d’un dialogue entre un jihadiste et une prostituée.

Fuyant la police, le jihadiste se retrouve accidentellement dans une maison close de la vieille ville. Il y découvre un autre monde, totalement opposé à ses convictions.

L’échange succulent, ponctué d’ironie et de mots d’esprit, réfère à une relation paradoxale entre deux êtres que tout sépare mais qui finissent par éprouver de l’attrait, au-delà du rejet initial.

La force du dialogue met en exergue la problématique centrale du jihadisme dont le rigorisme affiché n’a d’égal que le refoulement sexuel. La prostitution et le jihadisme, ces deux pôles opposés, se rejoignent pour dire la complexité d’une société et d’individus confrontés aux contradictions du quotidien.

Les rapports hommes-femmes se jouent au croisement du vénal et de l’érotique, de l’intérêt et du plaisir. Du coup, la masculinité est dévoilée dans ses limites discursives et psychologiques, par le biais d’un jeu de miroirs et de confrontation avec l’altérité.

C’est ainsi que le théâtre exprime, dans un contexte d’émancipation rendu possible par la révolution, une critique radicale du système, tout en privilégiant l’esthétique des mots et des gestes, du décor et de l’ambiance.

Il y a là un tournant décisif dans le «quatrième art» tunisien fort d’une histoire centenaire et ayant déjà connu une rupture radicale avec le «Nouveau théâtre». Aujourd’hui, il inaugure une autre forme de renaissance, à vocation esthétique, intimiste et individualiste, plus que politique, réflexive et collective.

Mohamed Kerrou

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