Lors de son passage à Attassia TV, lundi 9 janvier 2017, Belhassen Trabelsi a déclaré, concernant les menaces que subissait le Palais de Carthage le 14 janvier 2011 : « Il n’y avait pas de bateaux, il n’y avait pas d’hélicoptères, tout cela est débile ». En réalité, non seulement il y avait un hélicoptère – dont le vol avait été demandé par le Palais lui-même – mais l’affaire du « bateau armé » lui est directement imputable.

Le 14 janvier 2011 vers 16h, après avoir longtemps attendu des retardataires, le yacht de Belhassen Trabelsi quitte le port de Sidi Bou Saïd. Mais il fait immédiatement machine arrière pour embarquer les retardataires qui courent sur le quai. Puis le yacht sort définitivement du port et s’arrête dans la baie, entre le port et le palais de Carthage.

 

 

Au centre, le navire de Belhassen Trabelsi quitte le port.
Un bateau armé de la Garde Nationale se rapproche du navire de Belhassen.
Le bateau armé se colle au navire de Belhassen, il devient invisible de la Présidence qui est à droite. Il ne répond ni aux appels radio ni aux signaux lumineux. Au Palais, Ali Sariati est informé par ses services qu’une vedette armée est au centre de la baie, en face du Palais, et qu’elle ne répond pas aux divers appels. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, Ali Sariati décide d’aller alerter Ben Ali sur les différentes menaces. A la suite de quoi, Ben Ali quittera le Palais pour l’aéroport.

 

Comme nous le voyons dans les photographies, une vedette des Garde-côtes s’approche du navire de Belhassen puis l’arraisonne au centre de la baie. Cette sortie sans ordre de mission a-t-elle contribué à augmenter la panique des hommes de la DGSCE qui n’avaient jamais connu une telle entorse à la procédure ? Des témoignages rapportent qu’une autre vedette des Garde-côtes, mouillant près du palais, a envoyé à plusieurs reprises des signaux lumineux à la première vedette accolée aux flancs du yacht de Belhassen Trabelsi. Ce qui nous porte à croire que la vedette ne répondait pas aux appels radio.
Dans son bureau, Ali Sariati qui sait que des milliers de civils se préparent à prendre d’assaut, les uns les palais, les autres des propriétés des proches de la famille, apprend qu’une vedette armée de la Garde Nationale est sortie sans ordre de mission et qu’elle se trouve à quelques centaines de mètres du Palais. S’agit-il des Garde-côtes sortis rejoindre le yacht de Belhassen Trabelsi et qui ne répondent pas à la radio ? La désorganisation ambiante et les nombreuses absences rendent la chose parfaitement possible car aucune autre vedette armée n’est sortie sans autorisation… Toujours est-il que Sariati, subissant plusieurs éléments inattendus et incontrôlés, ne comprend plus ce qui se passe et craint une action hostile. Puis il apprend qu’un hélicoptère est en vol sans que le Palais n’en ait été informé, et cela, au mépris de toutes les procédures. Sariati pense également à ce que lui a dit Marouane Mabrouk deux jours avant : Bernard Squarcini, directeur de la DCRI, lui avait fait part d’une possibilité de coup d’État en Tunisie. Il se souvient enfin d’une note selon laquelle il y avait probablement un espion parmi les agents de la garde présidentielle. Tous ces renseignements, ajoutés à la prise de contrôle de l’aéroport par la BAT et à la situation générale dans le pays finissent par persuader Sariati de l’existence d’un complot. Il se trouve confronté à la pire situation de sa vie. Quelles décisions va-t-il prendre ? En tant que responsable direct de la sécurité du président, il doit le protéger même face à une marée humaine mais sans faire couler le sang car il sait que cette solution contraire à son engagement militaire, ne peut être qu’éphémère. La meilleure solution serait que Ben Ali s’éloigne du Palais… Sariati se dirige alors vers le bureau de Ben Ali, avec les conséquences que l’on connaît. Le navire armé accolé au bateau de Belhassen est en tous cas l’un des faits essentiels ayant entraîné le départ de Ben Ali.

 

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