Nous avons reçu du Professeur Maher Ben Ghachem, ancien interne des Hôpitaux de Paris la mise au point suivante concernant la crise qui oppose actuellement le corps médical et la Justice tunisienne suite à l’arrestation d’une jeune résidente en médecine (libérée hier sous caution) et qui a entraîné une grande polémique dans le pays.

 

Un pays qui ne respecte pas son élite est voué à la médiocrité

Je sors de mon silence après les derniers faits divers dans le domaine médical.
Faits dramatiques mais fréquents dans tous les pays du monde.
J’ai pris le temps de m’informer avant de prendre position.
Je fais grève mercredi 8 février pour soutenir la jeune résidente qui a bien fait son boulot et qui a injustement été arrêtée par un procureur « léger » n’ayant aucun respect pour les procédures judiciaires.
Je fais grève mercredi pour manifester contre l’emprisonnement d’un collègue, sans attendre une enquête préalable déterminant les responsabilités, suite à une complication fréquente dans les transfusions sanguines.
J’appelle tout le monde à respecter l’appel à la grève du Conseil de l’ordre des médecins en signe de protestation contre l’abus de pouvoir qui a mené nos collègues en prison.
J’ai aussi fait l’objet de plusieurs plaintes judiciaires durant ma carrière et aucune n’a abouti car la justice a démontré à chaque fois mon innocence.
Que la justice fasse son travail et que les hommes de loi appliquent celle-ci sans esprit partisan, sans soif de revanche et en prenant soin de ne pas monter les citoyens les uns contre les autres !
C’est un état d’esprit qu’il faut corriger !
Les journalistes à la recherche du sensationnel. Les juges se prenant pour les justiciers des pauvres. Les citoyens se défoulant dans des crises hystériques en s’en prenant aux personnels des urgences. Tout cela aboutit à des injustices que tout le monde finira par payer.
Il ne s’agit ni de la responsabilité d’un président de la République, ni d’un chef de gouvernement ni encore moins d’un ministre…. Arrêtons de mettre en cause l’État ! L’État c’est nous !
Il s’agit d’une responsabilité collective, d’un syndrome confusionnel post-révolution.
Il est urgent d’instaurer une thérapie collective par des messages positifs et apaisants et non par l’intermédiaire de plateaux TV où l’on n’entend que des paroles de haine prenant pour cible chaque fois une corporation, comme si on voulait un suicide collectif.
Je souhaite enfin encourager tous les jeunes médecins qui assurent les urgences au quotidien et j’invite tous mes confrères à continuer à respecter scrupuleusement le serment d’Hippocrate dans l’exercice de notre merveilleux métier. Le plus beau des métiers.

Pr Maher Ben Ghachem
Ancien Interne des Hôpitaux de Paris

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